Qu’est ce que la négrophobie

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A la lumière des faits, et contrairement aux idées répandues, la Négrophobie est d’abord une construction idéologique[1] avant d’être une construction sociale[2], qui justifie, à l’aide d’arguments infondés et fallacieux, l’infériorité des « Noirs »[3], et parallèlement la supériorité des « Blancs ». Ce postulat négrophobe, subtilement assumé par un racisme d’Etat protéiforme, est largement relayé et imposé par des institutions gouvernementales décrétées égalitaires.
Pour mener à bien cette mission d’Etat, ces dernières sont armées d’un dispositif financier, idéologique et promotionnel qui leur confère une légitimité d’Etat, laquelle leur donne le pouvoir de prendre abusivement en otage le libre-arbitre de l’opinion publique – groupes dits « minoritaires » comme  « majoritaires ».Historiquement, le corpus de ces thèses négrophobes a permis de justifier, auprès de l’opinion publique (inter)nationale, le bien fondé de la déportation massive d’africains noirs, par les européens – Etats-Unis d’Amérique compris[4] – et leur mise en esclavage forcé entre le XVe et le XIXe Siècle.

 

Aboli pour la seconde fois en 1848, en France précisément, avec l’arrière pensée de conserver les colonies[5], l’épisode de la « Traite Négrière », reconnu « Crime contre l’Humanité »[6], fut immédiatement relayé par la colonisation des Africains et descendants d’Africains déportés.

Cette politique coloniale entraîna, entre autres, le découpage et le partage de l’Afrique Noire orchestré par les européens lors de la Conférence de Berlin de 1884[7]. Et ce, dans le but de poursuivre l’exploitation  des ressources naturelles et humaines du continent africain et des anciennes colonies.

 

Aujourd’hui la néo-colonisation de l’Afrique Noire et des descendants d’Africains déportés, a subtilement relayée les systèmes esclavagiste et colonial occidentaux. Par cet ingénieux biais, le joug impérialiste se poursuit sous un nouveau masque dans les anciennes colonies, grâce à de nouveaux instruments tout aussi efficaces qui se sont adaptés à l’évolution des époques et des mœurs sociales et raciales (système du Franc CFA :

Franc des Colonies Françaises d’Afrique, prétendue « dette de l’Afrique », chute des cours des matières premières, lois de départementalisation masquant le maintien du système colonial, « assimilation » des populations d’origine africaines, accompagnée d’une politique de répression et  émigration forcée de la jeunesse, vers la France par la mise en place d’institutions d’Etat tels que le BUMIDOM et la SMA (Bureau pour les migrations des DOM et Service Militaire Adapté etc …)pour mieux contrer les revendications autonomistes et indépendantistes.).

 

En France notamment, ce glissement s’est aussi matérialisé par les départementalisations de façade qui habilleront les (anciennes) colonies françaises d’outre-mer à partir de 1946, pour tenter de masquer les inégalités sociales et raciales, encore criantes, en contradiction avec le pacte « Républicain »[8]. Ce ravalement de façade sera suivi de près par les prétendues « Indépendances » africaines qui surviendront dans les années 1960, mais qui maintiennent, officieusement, aujourd’hui encore, les anciennes colonies françaises sous l’immorale et criminelle autorité de la « Françafrique ».

 

En effet, et comme évoqué ci-dessus, nul ne devrait plus ignorer que le racisme anti-noir est essentiellement basé sur la construction idéologique et sociale du concept de « race », pourtant reconnu inopérant par la science génétique moderne.

Mais aujourd’hui, l’inégalité de traitement social et racial qui touche particulièrement les noirs – même dans le dit Pays des Droits de l’Homme – démontre que le concept de « race » est, au moins, idéologiquement et implicitement admis. De plus, étant donné que la norme sociale et raciale, généralement imposée, est celle qui met subjectivement et volontairement en avant le dogme de la « suprématie blanche », les privilèges accordés à chaque groupe humain vont forcément decrescendo du blanc jusqu’au noir.

 

C’est cette iniquité de traitement en matière de droits qui est généralement résumée sous le vocable flou, généraliste et imprécis de « racisme » ou de « discrimination raciale », que nous – COLLECTIF/BRIGADE ANTI- NEGROPHOBIE – avons choisi de nommer plus précisément « Négrophobie ».

 

Car il nous paraît primordial de délimiter, avec minutie, les contours de l’arme raciste qui cible et frappe de manière criminelle, chirurgicale et exclusive l’ensemble des Noirs. Par ailleurs, cette indispensable clarification nous paraissait rimer avec notre volonté de combattre efficacement ce mal sociétal en ciblant, avec précision, ses nombreuses racines.

 

La mise en perspective de ce racisme particulier nous permet alors de souligner que le prisme de la négrophobie a été (inter)nationalement répandu, d’abord explicitement, puis implicitement. Ceci afin que ce spectre puisse mieux s’adapter à l’évolution d’une histoire  « officielle » partisane, relatée par les (néo)colons, qui continuent aujourd’hui encore à faire la part belle aux présupposés racistes, et donc forcément sans fondement, de la « la suprématie blanche ».

 

Pour ce qui est du contexte français, il nous paraît utile de souligner qu’en dépit du fait que la Révolution française de 1789 a accouché dans le sang et la douleur la célèbre « déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen », dans laquelle il est affirmé que « tous les hommes naissent libres et égaux en droits », et ce quelle que soit leur race – entre autres – les Noirs  demeureront, eux, enchaînés à l’ombre des rayons diffusés par le prétendu siècle des Lumières. Car à l’époque, l’Etat Français les considérait encore et toujours les Noirs comme des biens Meubles[9], l’abolition de l’esclavage n’étant proclamé qu’en 1848.

 

En France toujours, prétendu Etat de Droit,  cet héritage esclavagiste et colonial a laissé de graves séquelles qui nourrissent, aujourd’hui encore, de forts préjugés à la source d’un racisme d’Etat qui traite généralement les Noirs, entre autres, comme des citoyens entièrement à part, au lieu de les considérer comme des citoyens à part entière[10].

Tous ces faits nous invitent donc à penser que la Négrophobie est la conséquence d’un système de pensée foncièrement raciste à l’égard de l’ensemble des noirs. De plus, cette structure idéologique – qui classe les êtres humains selon une échelle basée sur la « race » – est régie depuis plusieurs siècles par une norme qui n’est décryptable qu’à travers les codes imposés par les chantres de « la suprématie blanche ». C’est, par ailleurs, ce même système référentiel, aux forts relents esclavagistes et coloniaux, qui définit unilatéralement les critères des politiques d’assimilation et/ou intégration auxquels sont toujours soumises les dites « minorités visibles », au mépris de leurs spécificités identitaires.

 

C’est donc parce qu’il bénéficie largement de la complicité de ses institutions réputés égalitaires, que le racisme d’Etat[11] – à différencier du racisme populaire – est en mesure de poser des œillères sur une majorité de ses cibles qui, privées de leur libre arbitre, ont peine à réaliser qu’elles sont piégées au milieu d’une guerre qui ne n’avoue pas son nom.

 

La somme de ces constats nous amènent donc à affirmer qu’aujourd’hui encore, la Négrophobie, forme particulière de racisme qui vise exclusivement les Noirs,  reste l’un des dénominateurs communs qui caractérise, notamment, les Etats (néo)coloniaux usant et abusant du racisme d’Etat comme d’une arme d’aliénation, d’infériorisation, d’exclusion, d’exploitation (…) et de destruction massive redoutable. Par ce biais, ces porte-drapeaux de l’impérialisme peuvent légitimer et justifier l’injustifiable processus de (néo)colonisation, tant mentale que physique opéré sur l’ensemble des populations originaires de l’Afrique Noire et de sa diaspora.

 

C’est donc riche de cette grille d’analyse que le COLLECTIF/BRIGADE ANTI-NEGROPHOBIE considère qu’aujourd’hui encore, la Négrophobie ne peut être envisagée autrement que comme un racisme d’Etat criminel. D’autant que cette arme idéologique, d’une incommensurable portée, cible l’ensemble des noirs, stratégiquement maintenus entre les feux nourris d’un conditionnement, adapté aux ambitions (néo)coloniales des Etats impérialistes qui ont pour seul et unique préoccupation la préservation de leurs intérêts et privilèges (blancs).

 

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[1] Mythe de la malédiction de Cham…

[2] Traite négrière XVè – XIXIè siècles, suivis de la colonisation jusqu’à la néo-colonisation actuelle

[3] Exhibition coloniale XIXè siècle, Théories négrophobes des dit grands penseurs du siècle des Lumières (Voltaire, Montesquieu…)…

[4] Si l’on prend en compte le fait  que les Etats Unis d’Amérique sont le fruit des colons Européens et notamment anglais

[5] Le rapport présenté par la Commission au Gouvernement provisoire montre cette préoccupation. On y lit : » Tout accommodement comme tout mensonge soulèverait les nègres et mettrait en péril l’existence même des Colonies. Saint Domingue est la pour nous dire ce que l’on gagne à marchander à des hommes qui veulent être libres leur droit à la liberté. Ce ne sont donc point les nécessité de la théorie et la rigueur de la logique, c’est la force des choses, la voix de l’expérience qui commandent d’accomplir dans les plus  brefs délai, l’abolition de l’esclavage  » (Histoire de la Martinique, Armand Nicolas ed L’Harmattan1996 t 1, page 383

[6] Loi Taubira 2001

[7] Sources : Dictionnaire Hachette Encyclopédique : Afrique  » … partage de l’Afrique : La colonisation du continent a abouti au découpage de l’Afrique (conférence de Berlin 1884-1885) : une même peuple s’est trouvé scindé en deux ou trois par des frontières. Jusqu’en 1914 se produisent l’occupation militaire des territoires reconnus à chaque pays européens, l’installation d’administration, une exploitation désordonnée des ressources, l’implantation de missions chrétiennes … »

[8] Grève générale des Antilles françaises en 2009, pour dénoncer les inégalités sociales et les disparités économiques ; notamment, en Guadeloupe avec la grève générale du 20 janvier au 4 mars 2009 organisée par le LKP

[9] Code Noir, Colbert/Louis XIV… Concrètement, ils ne seront considérés comme des hommes et des citoyens qu’en 1848, date de la 2nde  abolition de l’esclavage en France. Mais à ce jour, nous ne pouvons affirmer que le code Noir de Colbert ait été officiellement abrogé. En effet, si c’était le cas, nous serions contraints à revisiter les bases sur lesquelles repose la citoyenneté des français Noirs…

[10] Racisme institutionnel :

-Contrôle au faciès, dont celui de Zied et Bouna qui conduira à leur mort tragique de ces deux adolescents et déclenchera les révoltes de novembre 2005.

-Justice à deux vitesses.

-Absence (de visibilité) des dites « minorités visibles » en proie au racisme d’Etat dans les médias et dans le monde politique.

-Discrimination institutionnalisée dans le domaine de l’emploi.

-Discrimination institutionnalisée dans le domaine du logement dont l’une des conséquences meurtrières conduira au incendies criminels de 2005, qui conduiront à la mort de 52 personnes, presque essentiellement noires, dont 32 enfants…

[11] cf. proposition de définition du racisme d’Etat : partie/Racisme d’état et Racisme populaire