POUR TENTER DE PASSER INCOGNITO DANS LES COULOIRS DU METRO LA ‪NÉGROPHOBIE STRUCTURELLE EMPRUNTE UN ACCENT LITTÉRAIRE !

Ainsi le plus grand monde trouvera normal de dire… je n’ai pas de « nègre » pour écrire… comme l’on pouvait dire il n’y a pas si longtemps de cela… je n’ai pas de « nègre » (esclave) pour m’enrichir !

Ah qu’elle est belle l’hypocrisie à la française !

Tant qu’on ne mettra pas les points sur les « I » et les barres sur les « T », ceux qui nous gouvernent feront semblant de ne pas voir où est le mal.

Car le nègre soi-disant littéraire nous rappelle en substance à quel point la négrophobie demeure un poison qui nous est encore servi en 2014… mais à la sauce « blanche » mi académicienne, mi républicaine !

« (…) Grâce à Jacquot-Mirecourt et aux innombrables jacquots qui ont perpétué son racisme, la France est [peut-être] le seul pays au monde où l’on ose parler de nègre pour désigner celui qui écrit clandestinement pour le compte d’un autre. Dans les pays anglo-saxons, il n’est question que de « ghostwriter » (écrivain fantôme). Ailleurs qu’en France, une pareille expression ferait scandale (…). »

La négrophobie est une arme (néo)coloniale d’aliénation et de destruction massive qui n’avoue pas son nom.

COLLECTIF ANTI NÉGROPHOBIE

 

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LE NÈGRE LITTÉRAIRE : UNE EXCEPTION FRANÇAISE

L’expression ouvertement raciste « nègre littéraire », qui fait explicitement référence à la période esclavagiste de la France, a été inventée en 1845 dans un pamphlet ordurier signé par »Eugène de Mirecourt », un journaliste qui s’appelait en réalité Charles Jacquot.

Le pamphlet s’intitulait Alexandre Dumas, fabrique de romans et compagnie.

L’idée de Jacquot, assez subtile, en tout cas vicieuse, était à la fois de discréditer Alexandre Dumas en lui contestant la paternité de ses oeuvres, de rappeler ses origines (par son père, le général), et d’en faire un esclavagiste (Dumas, fils d’esclave, était accusé de s’enrichir en faisant travailler des « blancs » sans les payer, ou en les payant insuffisamment).

Jacquot, écrivain sans talent et sans succès, avait pris un pseudonyme d’apparence aristocratique. Il ne supportait pas que Dumas, écrivain populaire et naturellement doué, eût, lui, de réelles origines nobiliaires (Dumas s’appelait en réalité Davy de La Pailleterie).

Le pamphlet a fait immédiatement l’objet d’une procédure judiciaire sur plainte d’Alexandre Dumas.

En voici des extraits :

«Grattez l’œuvre de M. Dumas et vous trouverez le sauvage […]. Il déjeune en tirant de la cendre du foyer des pommes de terre brûlantes qu’il dévore sans ôter la pelure ! […]. Il court après les honneurs […] Il embauche des transfuges de l’intelligence, des traducteurs à gages qui se ravalent à la condition de nègres travailleurs sous le fouet d’un mulâtre»

ou encore :

«Il pue le nègre… Ses cheveux sentent le nègre… Il est venu… ouvrez toutes les fenêtres.» (propos attribués par Jacquot à une actrice).

Jacquot a été très lourdement condamné par les tribunaux de Louis-Philippe : une amende et six mois de prison ferme.

En 2002, pour contrer la panthéonisation d’Alexandre Dumas, le pamphlet raciste de Jacquot a été réédité. Il a inspiré une pièce de théâtre de Cyril Gély et Eric Rouquette créée en 2003 au théâtre Marigny (qui appartient à la ville de Paris).

Cette pièce de théâtre, où Francis Perrin jouait Dumas en Blackface, et qui a été gratifiée d’un césar (attribué bien entendu à celui qui jouait le rôle du « nègre ») a été adaptée au cinéma par Safy Nebbou : Gérard Depardieu, également en Blackface,  incarnant, si l’on peut dire, Dumas et Benoît Poelvoorde interprétant le « nègre ».

Bien sûr, depuis 1845, la France n’a pas manqué de jacquots pour reprendre le substantif « nègre » en l’appliquant à la littérature. Et l’expression de « nègre littéraire » est devenue assez courante dans le monde du journalisme et de l’édition.

Ainsi grâce à Jacquot-Mirecourt et aux innombrables jacquots qui ont perpétué son racisme, la France est le seul pays au monde où l’on ose parler de nègre pour désigner celui qui écrit clandestinement pour le compte d’un autre. Dans les pays anglo-saxons, il n’est question que de « ghostwriter » (écrivain fantôme). Ailleurs qu’en France, une pareille expression ferait scandale.

En octobre 2014, une campagne d’affichage massive, FINANCÉE par la chaîne de télévision publique France Ô – qui est censée être la chaîne des outre-mer- est apparue dans les couloirs du métro parisien.

Elle montre l’écrivain Daniel Picouly, un Afro-descendant martiniquais, avec cette légende  » Je n’ai pas de nègre pour écrire  » …

 

Source : http://www.une-autre-histoire.org/le-negre-litteraire-une-exception-francaise/

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