Pour Disney : femme noire rime avec « michetonneuse » ?

Si l’on regarde « La Princesse et la grenouille » avec des lunettes stratégiquement réglées pour faire table rase du passé (esclavagiste et colonial) qui ronge l’Amérique et influence malignement notre perception du monde ; nous serons tou.te.s tenté.e.s de considérer comme un point de détail le fait que – dans l’histoire  originale qui l’inspira – « l’héroïne blanche » est d’emblée une princesse. Autrement dit, la suprématie blanche a estimé que Vassilissa, la jeune femme blanche du conte original, pouvait incarner le rôle de princesse sans avoir à passer la moindre épreuve préalable. Ce contrairement à Tania, la jeune femme noire qui, pour prétendre au même « poste », en 2009, doit se soumettre à un véritable parcours du combattant. Ce qui, toutes proportions gardées, ressemble à s’y méprendre aux différentes formes de discriminations raciales que rencontre les noir.e.s et autres racisé.e.s  lorsqu’ils tentent d’accéder dignement aux mondes de l’emploi et du logement, pour ne parler que de ces champs d’insertion minés par un racisme structurel qui n’avoue plus son nom. En effet, la coutume racialement ségrégante, héritée d’un récent passé esclavagiste et colonial, continue de vouloir qu’à compétences et revenus égaux, les blanc.he.s soient encore trop généralement privilégié.e.s par rapport aux noir.e.s et autres racisé.e.s. Et ce, que ce soit aux Etats-Unis, en France ou ailleurs.

 

Cachée derrière le masque rassurant de Walt Disney (ou des droits de l’homme), nul ne reconnaîtra la monstrueuse figure du pouvoir blanc qui a arbitrairement emprisonné Tiana dans le cachot de verre d’un sous prolétariat verrouillé par le même racisme négrophobe que celui qui enchaîna héréditairement les noir.e.s déporté.e.s d’Afrique à plusieurs siècles d’esclavage colonial.

Aveuglé.e par les apparences trompeuses, nul.le ne songera à comparer l’investiture de cette femme noire (imaginaire), opportunément hissée au sommet de l’affiche d’un projet Disney qui contraste radicalement avec toutes celles qui, jusqu’ici, mettaient traditionnellement en lumière ses homologues blanches pour lui faire de l’ombre. Ces supers stars que la suprématie blanche a stratégiquement propulsé dans notre imaginaire comme des satellites réveillant un puissant complexe de supériorité chez les un.e.s et de supériorité chez les autres, sont  connues sous les doux noms enchanteurs de Blanche-Neige, La Belle au Bois Dormant ou autres Cendrillon. Toutes ont pour dénominateur commun cette blancheur qui enferme silencieusement la princesse Tiana dans la case de l’exception qui confirme la règle (in)visiblement raciste de l’oncle Walt. Lequel, non content d’avoir bâillonné la vérité, a pris un malin plaisir à recycler leurs écœurantes histoires en magnifiques contes pour enfant. Mais nous y reviendrons plus tard.

 

En attendant, force est de constater qu’à force d’être nourris au petit lait des bonnes intentions dont l’enfer est pavé , il y a fort à parier qu’à la sortie de ce film d’animation nombre d’entre nous ont pensé que la digue du Racisme (structurel) avait enfin cédé.

Parallèlement à cela, il est intéressant de noter que l’investiture de Tiana, dans l’univers blanco-centré de Walt Disney, a eu lieu quasiment en même temps que celle d’Obama, le premier président afro-descendant de l’AmériKKKe blanche laissant faussement croire que les Etats-Unis avaient définitivement tourné la page de la négrophobie.

Coïncidence ou pas ? dans les  deux cas nous ne disposons pas de suffisamment de recul  pour savoir s’il s’agit là d’un petit pas pour l’homme (blanc) et d’un grand pas pour l’humanité ? Ou s’il est plus simplement question d’une énième arnaque visant à détourner notre attention afin de ne pas risquer de réveiller en sursaut notre colère noire à 100% légitime ?

 

En d’autre termes, regarder cette pâle réplique de conte de fée avec les lunettes que nous impose une propagande (subtilement) raciste, en revient à oublier à quel point les siècles de négrophobie systémique qui ont servi à justifier l’esclavage-négrier-occidentalo-chrétien et la (néo)colonisation qui l’a relayé, n’ont certainement pas été sans influence sur l’orientation du regard et de la plume de feu Walt Disney. Sans compter que ce passé esclavagiste et colonial, qui ne cesse d’être effacé de nos mémoires, éclaire forcément notre présent sous un jour qui trahi les fausses apparences égalitaires nous incitant à croire que nous jouissons tous des mêmes droits. Or sans cet éclairage décolonial, nous sommes stratégiquement placé.e.s dans l’incapacité de percevoir que l’histoire de Tiana la serveuse, travestie en conte de fée est emprunte de clichés négropobes.

 

Car, en définitive, que nous raconte « La Princesse et la grenouille »  ?

 

« Que le prince Naveen de Maldonia, transformé en grenouille par un sorcier vaudou qui, bien sûr fit usage de « magie noire », en arrive à se convaincre qu’il doit embrasser une princesse pour réinvestir son apparence humaine. Aimanté par cette quête, il jette son dévolu sur la belle et jolie Tiana qu’il croit de sang royal. Mais celle-ci n’est en réalité qu’une serveuse qui payera cher le baiser qu’elle lui concédera, précisons-le, « par intérêt ». Si bien qu’au lieu d’inverser le sort qui a été jeté à ce prince flambeur, sans le sou et danseur hors-pair puisque qu’afrodescendant, Tiana la prolétaire se vit transformée en visqueux et hideux batracien. C’est donc uni dans ce malheur que ces deux grenouilles, que tout, à l’exception de leur condition ingrate, semblait opposer, apprendront à se connaître en sillonnant les bayous de la Louisiane, à la recherche d’une vieille prêtresse vaudou seule capable de briser ce pâle sortilège. Rapproché.e.s de force par cette mission placée à la limite de l’impossible, ils finiront par s’aimer au cours de leurs péripéties et à accepter leur sort.

Dans le monde de Disney, l’amour étant capable de briser toutes les « chaines », ils se marieront… en tant que grenouille. Mais Naveen étant un prince (même fauché), la pureté de leur sentiment amoureux les libérera de la malédiction du sorcier vaudou pour leur permettre de retrouver l’humanité que ce mauvais sort leur avait ôté ».

 

Un vrai programme donc. Si on était tenté de voir le mal partout, on pourrait percevoir dans cette histoire une métaphore de l’esclavage-négrier-occidentalo-chrétien qui, à travers le code noir ou autre texte de loi s’y apparentant, a banni les noirs du champs de l’humanité pour les enfermer dans une condition de bien meuble. Exactement comme ce mauvais sort a enfermé Naveen et Tiana dans la peau de grenouilles pour les rendre repoussant. Mais heureusement nous ne voyons pas le mal partout, et savons parfaitement que l’oncle Walt se contente de nous concocter de petits contes de fées qui n’ont strictement aucun lien avec cette hideuse réalité.

 

Pour autant nous ne sommes pas naïfs. Le fait que le monde de Disney donne enfin à des noir.e.s (furent-ils imaginaires) les rôles principaux fait écho à des  raisons pratico-cyniques que le marketing capitaliste à tôt fait de déguiser en volonté humaniste. Exactement comme la France a proclamé l’abolition de l’esclavage, non pas parce qu’elle éprouvait un amour soudain pour les noir.e.s, mais tout simplement parce qu’elle craignait que les révoltes de celles et ceux qu’elle avait enchaîné à la condition d’esclave ne luis fassent perdre les colonies. Dans un autre registre, l’oncle Walt (raciste comme pas permis) s’est retrouvé contraint d’ouvrir la porte blindé de son imaginaire ségrégationniste de peur que le bélier de la lutte décoloniale des africain-américains ne la défonce.

 

Voilà pourquoi, cherchant à préserver à tous prix les apparences d’une égalité de façade internationalement affichée par les états impérialistes les plus racistes, « pour la première fois dans l’histoire de la légendaire maison de l’oncle Walt [qui dans le monde réel se fait aussi appelé Oncle Sam], la Princesse [est une femme] noire. »

Après avoir réhabilité une arabe, une asiatique et une amérindienne, à travers les personnages respectifs de Jasmine, Mulan et Pocahontas, voici celle qui arrive en toute fin de liste : Tiana, la noire. La traitant, pour ne rien changer, en bonne dernière de la classe des « races » et « des classes », Walt Disney – miroir de la Suprématie Blanche – a décidé, en 2009, de  reconnaître enfin l’humanité des noir.e.s à travers le premier rôle qu’il à attribué à Tiana dans le monde ultra raciste de ses dessins animés. Comme le père Noël descendant de son traineau coiffé de sa longue barbe blanche ou TF1 instrumentalisant la non titularisation d’Harry Roselmack au journal de 20h, Tonton Walt s’est accaparé tout le mérite de cette pathétique promotion qu’il n’a jamais voulu en proclamant sur un ton paternaliste :

 

« vous l’aviez rêvé,  Disney l’a fait ! Oh Oh Oh ».

 

C’est donc suite à cette mascarade de réhabilitation officielle, qu’en 2009, Tiana, la Princesse noire, arbitrairement emprisonnée dans la peau d’une grenouille, est exhibée sur les grands écrans « blancs » du cinéma. Soit « 73 ans après la sortie du tout premier long-métrage du studio, Blanche-Neige et les sept nains »

 

Mais cela ne doit pas pour autant nous faire oublier que « lors d’une réunion sur le scénario », l’oncle Walt soulignera avec un fort accent raciste que :

« la scène ou les nains de Blanche-Neige s’empilent les uns au-dessus des autre » lui donnait l’impression de les voir s’entasser « comme une pile de nègres« .

Ainsi pour qu’il lui soit permis de laisser libre cours à une négrophobie que la loi amériKKKaine lui interdisait désormais d’afficher ouvertement comme telle, l’oncle Walt la laissera s’exprimer « officieusement » en l’obligeant à porter le masque anthropomorphique de Mickey ; là ou la France porte celui des droits de l’homme. Si bien que, tel un ambassadeur, Walt Disney se chargera  d’exprimer tout bas ce que l’AmériKKKe blanche avait jusqu’à très recemment pour habitude de crier tout haut. Ainsi, en « animalisant » subtilement les noir.e.s, il les fera dans le même temps physiquement disparaître du champs de notre imaginaire collectif, non sans les insulter de manière « subliminaire ». 

C’est donc lâchement dissimulé derrière cet odieux stratagème, que Walt Disney est parvenu à tromper son monde en recyclant son racisme viscérale en « merveilleux » conte pour enfant. Conscient du fort pouvoir infectieux que renfermait ce syndrome, il s’est appliqué à contaminer clandestinement l’esprit innocent de dizaine de millions d’adultes en devenir, sachant que parmi eux se trouveraient indéniablement ceux qui sont aujourd’hui à la tête des Etats les plus puissants du monde. Car objectivement, quel enfant n’a pas vu son imaginaire empoisonné au petit lait raciste des dessins animés produits par Tonton Walt ?

 

Si bien qu’une fois conscient.e de l’existence de ce poison idéologique, chacun.e d’entre nous devrait comprendre à quel point il est impératif d’apprendre à lire entre les lignes de cette propagande qui diffuse son racisme négrophobe à plus ou moins grande dose en utilisant les genre de canaux extrêmement grand public que représente le cinéma et la télévision.

Dans le but de nous coloniser, et surtout de nous détruire de l’intérieur, le discours officiel use de moyens de communications « infraluminaires« nous conditionnant à intégrer, malgré nous, un ordre des choses qui nous dévalorise et nous fragilise tant socialement que « racialement ».

Autrement dit, à l’heure de la « Neurocolonisation«  il deviendra de plus en plus rare de voir la suprématie blanche nous adresser des insultes ouvertement négrophobes, tant elle est devenue experte dans l’art d’exprimer implicitement les mêmes outrages. Constituant de véritables preuves à charges, un certain nombre de dessins animés estampillés Disney ne pourront d’ailleurs s’empêcher de témoigner dans notre sens.

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Ainsi, dans ce remake négrophobe de la « princesse grenouille » l’oncle Walt parvient à faire disparaître l’héroïne noire, Tiana, en la transformant en grenouille d’un simple coup de baguette « antropomorphique ». Sans aucune forme de procès, elle écope de la même peine à perpétuité que son futur mari, accessoirement prince, fainéant et ruiné, Naveen ; comme ces millions d’africains noirs déchus une fois déportés sur leur terre d’esclavage. Ce qui signifie que sur un film d’animation d’un peu plus d’une heure trente, les studios Disney n’ont pas supportés de voir nos « têtes de nègres » plus de 30 minutes. Ce qui, selon que l’on s’emploie à voir la bouteille à moitié pleine ou vide, reste indéniablement un progrès comparé à la totale « invisibilisation » dont nous furent victimes tout au long d’une mise en scène comme « le Roi Lion » (1994). Film d’animation d’un autre genre a réussi l’impossible exploit de révéler l’Afrique au monde sans jamais donner corps à un seul personnage négro-africain.

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Mais concernant le prince, noir, fainéant et toujours ruiné, Naveen, il nous semble pourtant que les canons de beauté qui fondent son « humanité », pré batracienne, restent beaucoup plus proches de ceux qui caractérisent le monde blanc que de ceux magnifiant généralement le monde Noir ?  A croire que les forgeurs d’opinions qui nous imposent leur dictature du beau et du bon goût se sont employés à effacer le plus possible les traits négroïdes qui auraient du classer Naveen dans l’incontestable catégorie des hommes noirs. Pour ce faire, la suprématie blanche n’a pas hésité à  emprisonner les plus franches expressions de sa « négritude » sous les cheveux et les traits de Ken, le mari de la célèbre poupée Barbie. Cela sans doute pour lui interdire formellement de  ressembler de près ou de loin à ses pairs et pères révolutionnaires Fred HamptonPatrice Lumumba ou autre Dessalines.

A croire que l’oncle Walt aime les noirs, mais exempt de tous les traits physiques qui les caractérisent. Ce qui conduit à javelliser le plus possible notre image. Car si l’on en juge la représentation « Disneyenne » du prince, il ressemble définitivement plus à un blanc grimé en noir (comme l’exige la coutume des négrophobes du blackface ou négrophobie faciale), qu’au premier homo sapiens accouché dans le berceau de notre humanité à tous :

– l’Afrique.

Comme l’oncle Sam, l’oncle Walt semble aimer les noir.e.s blanchi.e.s, aux cheveux défrisé.e.s et à la peau délavée par une crème éclaircissante du même type que celle proposée par Nivea ou autre enseigne passées maîtresses dans l’art de promouvoir tout ce qui participe à notre reniement.

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A croire que bien loin de nous accepter comme nous sommes Disney, comme nivéa et tant d’autres, se plaisent à nous montrer la voie (du blanchiment) à suivre ?

Car s’il n’a vraisemblablement pas été permis aux têtes d’affiche de ce dessin animé de conserver leur cheveux naturellement crépus, c’est parce que le courant de pensée dominant refuse catégoriquement de représenter les noir.e.s dans le magnifique habit de leur offre chaque jour et chaque nuit leur beauté originelle.

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En lieu et place de cela, l’oncle Walt nous incite plutôt à singer l’homme blanc, comme ce fut « subliminalement » le cas lorsqu’il nous enferma, sans notre consentement, dans la peau du Roi Louie.

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Mais une fois passée au rayons X de nos esprits critiques, les sous-entendus racistes qui se cachent derrière le caractère innocent prêté à la « Princesse grenouille » pour leur permettre de voler clandestinement sous le seuil des écrans radars de notre vigilance, deviennent aussi simple à comprendre que la règle enfantine du jeu des 7 familles du Racisme Structurel

Si bien qu’à chaque fois que Disney abat la carte d’un des personnages, on peut immédiatement voir se profiler sa silhouette bedonnante, coiffée du masque rassurant de Mickey venu discrètement remplacer la cagoule triangulaire percé de trois trous servant à couvrir le visage des membres du Ku Klux Klan. Stratégiquement dissimulé dans l’ombre de son pouvoir blanc, même après sa mort, Tonton Walt tire toujours les ficelles d’une Négrophobie grossièrement déguisée en bonnes intentions.

 

Il n’en reste cependant pas moins que les codes traditionnellement empruntées par les contes de fées de Walt Disney pour nous dénigrer sournoisement, peuvent, une fois décodés, nous permettre de décrypter ses messages de propagande raciste maquillé en support ludique pour enfants. Ainsi, il nous sera plus facile de comprendre le sens des images qui collent (in)visiblement à la peau noire de Tiana ainsi qu’à celle de ces pairs qui lui donnent la réplique tout au long de ce dessin animé aux sous-entendus racistes ?

Analysé à travers le filtre d’un prisme décolonial, on sera en droit de se demander si l’amour qui caractérise la relation que Tiana tisse avec le prince Naveen est d’une nature aussi belle, aussi pure et aussi digne que celui avec lequel Walt Disney a revêtu l’âme « vertueuse » de femmes blanches (imaginaires) telles que Blanche-NeigeLa Belle au Bois Dormant ou Cendrillon.

Dores et déjà je puis vous dire, qu’à l’instar de la disparités qui existe en les blancs et les noirs dans le monde réel, Tiana, la princesse racisée, n’est pas logée à la même enseigne que ces blanches homologues.  Auquel cas il faudrait expliquer au monde ce qu’il y a de romantique dans le fait de voir deux crapauds ou grenouilles se faire des « papouilles » ?

Dans ce monde taillé à la gloire de la suprématie blanche, « l’amour noir » ne peut il être ouvertement montré et assumé sans que les auto-proclamés gardiens de l’axe du bien et du bon goût ne se sentent obligés de  le censurer en le noyant systématiquement dans le métissage ? A croire que notre amour et tout ce qu’il produit est à classer dans la même rubrique que les films X brouillés sur Canal+ afin de préserver l’intégrité psychologique des enfants… mais surtout d’interdire à tous ceux qui ne disposeraient pas du bon décodeur d’en saisir la finesse ainsi que la beauté. A se demander, qu’est-ce  qui, dans « l’amour noir », contrarie à ce point ce système blanc, capitaliste, raciste et particulièrement négrophobe ?

Dans les année 1960, Les Black Panthers, et autres, scandaient déjà poing levé, tout en bravant une pluie de balles policières racistes :

« Black is beautiful ». (le noir est beau)

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Mot d’ordre et de fierté que l’oncle Walt semble implicitement avoir traduit en 2009 par :

« batracien is beautiful ».

 Comme si le fait de voir deux crapaud dégoulinant de baves copuler ensemble pouvait faire rêver une opinion publique dont l’imaginaire a été labouré avec la même faucille que celle qui a férocement tailladé notre chair et notre âme avec les préjugés négrophobes forgés dans les moules de l’esclavage et de la colonisation. À croire que le monde de Disney est en parfait accord avec celui de la musique qui a arbitrairement décrété qu’une note blanche valait systématiquement deux noires. Dans l’industrie du cinéma il faut croire que l’amour blanc s’impose idéologiquement comme étant beaucoup plus vendeur que celui que les noir.e.s incarnent tel un acte de résistance, dès lors qu’il est généralement bannit des livres et des écrans de télévision à la solde de la propagande raciste qui influence notre perception du monde ?

Comme nous l’avons déjà dit :

Disney permet à la suprématie blanche de troquer sa blanche cagoule triangulaire du Ku Klux Klan contre le masque rassurant de Mickey. Exactement comme la France nous berne depuis qu’elle a troqué la main de fer qui lui permettait de diriger son Etat esclavagiste négrophobe contre la main de verre qui lui a permis d’usurper le statut de pays des droits de l’homme.

Une fois que nous aurons collectivement appris à lire entre les lignes de la propagande raciste, nous comprendrons que dans le monde de Disney les jeunes femmes blanches sont idéologiquement vouées à être des anges au coeur pur qui ne croient qu’au pouvoir de l’amour et de l’eau fraîche. Tandis que les jeunes femmes noires, à l’image de Tiana, sont réduites à la condition rabaissante de « pute » ou de « michetonneuse », tout juste bonnes à (monnayer un) baiser dans l’unique espoir de recevoir de l’argent en retour.

Voilà le message que Disney passe subliminalement aux enfants (noirs comme blancs) pour maintenir un ordre raciste du monde qui privilégie (in)visiblement les blanc.he.s.

A croire aveuglément Tonton Walt, on pourrait s’imaginer que lorsque nous étions sagement assis.es sur les bancs de l’école maternelle, au lieu de vouloir être médecin, ingénieur, professeur ou chef d’Etat… notre rêve le plus fou fut celui de ressembler un jour à Kermite la grenouille ?

En forçant une femme noire à jouer dans le remake négrophobe de « La Princesse et la grenouille », l’oncle Walt nous a craché à la figure le même mépris que celui que l’oncle Sam nous a toujours porté dans la réalité. Tel un adepte du Klu Klux Klan coiffé des grosses oreilles de Mickey, il semble avoir trouvé une manière plus ludique de nous dire qu’en dépit de tous ces siècles d’injustice négrophobes et de travail forcé non rémunéré que l’impérialisme nous a infligé, nous ne pouvons prétendre à rien d’autre que cette forme d’humiliation publique grossièrement déguisée en promotion sociale.

Autant dire que si c’était pour nous tolérer 25 minutes seulement dans la peau d’une noire, pour ensuite nous garder prisonnier plus d’une heure restante dans le cuir élastique et visqueux d’une grenouille, Walt Disney aurait mieux fait de continuer à ignorer notre existence. Car même déguisée en conte de fée, le fait délibéré de faire rimer invariablement femme noire avec « péripatéticienne » reste une insulte de haut vol.

Sans compter qu’en mettant en parallèle l’histoire de Tiana, la noire, avec celle de ces homologues blanches, force est de constater que le rôle que « maître » Walt lui a subjectivement imposé de jouer ressemble bien plus à celui d’une « michetonneuse« , qu’à celui d’une des traditionnelles princesses blanches idéologiquement guidée par la boussole de la vertu et de la pureté. Car c’est tout ce que l’on retient des contes de Blanche-Neige, Cendrillon et autres Belle au bois dormant qui, dans le monde de Disney, vivent exclusivement d’amour, d’eau fraîche et de bonnes moeurs ; là ou Tiana ne vit que pour l’argent.

Raison pour laquelle n’importe quelle petite fille (noire ou blanche) est conditionnée, dès son plus jeune âge, à vouloir ressembler aux modèles que la suprématie blanche nous impose comme un invariable idéal.

Raison pour laquelle n’importe quel petit garçon (noir ou blanc) élevé au petit lait raciste de ses histoires à dormir debout est, lui aussi, conditionné à vouloir épouser une femme qui réunit l’ensemble de ces critères moraux (imaginaires), mais aussi et surtout physiques.

Ce qui chez les blanc.he.s accentue le complexe de supériorité que leur a inoculé la suprématie blanche à travers cette petite piqûre de rappel. Sachant que ce premier complexe va systématiquement de pair avec le complexe d’infériorité injecté dans le cerveau des noir.e.s via des canaux de diffusion tels que l’école, la télévision, le cinéma…

Vu par le biais de cet éclairage (neuro)colonial visant à orienter notre regard dans un seul et unique sens monochrome, quelle petite fille (noire ou blanche) serait assez folle pour renoncer à ses rêves l’incitant à ressembler un jour à Blanche-Neige, pour incarner ne serait-ce qu’un jour le personnage de Tiana. Autrement dit quelle petite fille (noire ou blanche) saine de corps et d’esprit accepterait de troquer sa panoplie de sainte-nitouche, appréciée de tou.te.s, contre celle d’une « pute » ?

Le mot est lâché. Car en forçant la princesse et la grenouille à embrasser un vieux crapaud pour de l’argent, Walt-Disney traite implicitement les femmes noires de grosses « putes ». Oncle Walt, l’avatar de l’Oncle Sam, porte drapeau de la suprématie blanche, sous entend de manière à peine voilée que pour pouvoir réaliser ses rêves, la femme noire est « génétiquement » conditionnée à (accorder un) « baiser » par intérêt.

L’Oncle Walt nous informe qu’au delà des belles apparences et de la gentillesse affichée par la princesse Tiana, se cache, dans son fore intérieur, une femme dépourvue de toutes les belles moeurs et vertus qui ont virtuellement fait la réputation de Blanche-Neige et les autres. A en croire le message subliminal colporté par Disney, il serait connu et admis de tou.te.s que la femme noire est uniquement aimantée par un appât du gain venu, une fois de plus, attester que la fin justifie absolument tous les moyens, prostitution incluse.

Voilà le message subliminal qui est communiqué à nos filles et nos fils (avant le reste du monde) dans ce dessin animé supposé nous mettre en valeur. Voilà le piège dans lequel veut nous enfermer la suprématie blanche qui, à travers l’esclavage, a réduit « légalement » la femme noire à l’état d’objet sexuel. Tout ceci en nous faisant implicitement comprendre que la seule chance que toutes les Tiana du monde ont de réussir, réside dans le fait de monnayer leurs charmes au plus offrant (que ce système raciste désigne comme étant généralement blanc). Fût-elle obligée, pour atteindre ses rêves, de (monnayer un) « baiser » avec un vieux gros crapaud bien dégueulasse. Et il est évident que l’état de profonde misère (affective et financière) dans lequel nous a collectivement laissé l’esclavage aussitôt relayé par la colonisation qui nous maintient dans la plus profonde ignorance de nous-mêmes, contribue fortement à alimenter cet état de profonde dépendance causée par notre appauvrissement tant matériel qu’intellectuel. Dans le contexte francophone le franc CFA ne fait que creuser un peu plus le fossé de cet appauvrissement programmé.

Voilà pourquoi après l’avoir un tantinet blanchi, Walt Disney se devait de transformer Naveen, le prince noir (mais pas trop), en crapaud. Ce Crapaud n’étant autre que l’incarnation du riche propriétaire blanc esclavagiste qui, avant de prendre la place de l’homme noir, l’a préalablement éjecté par la force de sa couche, de son rôle de mari et de père pour s’imposer comme le propriétaire exclusif de de ses enfants qu’il convertira en esclaves.

Sachant qu’il ne peut devenir fort qu’en rabaissant l’homme noir, ce colon esclavagiste s’empare alors de l’arsenal juridique que la suprématie blanche a mis à sa disposition pour émasculer socio-économiquement celui qu’il perçoit comme une éternelle menace pour son (fantasmatique) pouvoir phallique. C’est donc uniquement parce que l’Etat impérialiste qui lui octroie ses blancs privilèges lui a accordé le droit de vie et de mort sur l’homme noir qu’il traite comme sa « chose mobilaire », que le blanc esclavagiste (puis ségrégationniste) peut exprimer son semblant de puissance. Semblant de puissance qui, escorté par le Tout-Puissant Racisme d’Etat, lui a permis de réduire l’homme noir qu’il a juridiquement dévirilisé à l’état de sa plus stricte impuissance.

Homme noir dont il se moque éperdument en pointant du doigt l’irresponsabilité maladive de Naveen qu’il désigne comme le plus incapable des princes (clandestin) que le monde de Disney n’ait jamais eu à abriter. Un prince à qui Walt Disney a accordé ce titre purement décoratif en l’amputant de tout pouvoir économique capable de financer les moyens de sa politique. Exactement comme les colons blancs de l’Afrique du Sud, craignant la colère des noir.e.s, leur ont repassé le flambeau du pouvoir que leur négrophobie viscérale leur avait arraché avec l’arme de l’apartheid. Sauf que ce pouvoir s’est avéré être aussi décoratif que la loi Taubira (sur l’esclavage). La minorité des blancs capitalistes ayant stratégiquement gardé entre leurs mains l’essentiel de la puissance économique du pays pillée aux autochtones, sachant qu’elle ferait invisiblement d’eux les véritables maître-marionnettistes du pays. Raison pour laquelle Disney tenait à ce que Naveen soit un prince sans pouvoir autre que celui que lui conférait son arrogante force de séduction.

Et cest donc parce qu’il a préalablement desarmé l’homme noir en l’exposant constamment à la menace d’une mort certaine visant à le maintenir à distance, que ce vieux crapaud (autoproclamé « maître »), s’autorisera à venir violer la femme noire la sachant dépouillée de toute protection. Tout ceci en la convaincant, comme ce gros « porc » de Weinstein, que sa seule porte de sortie réside dans le fait qu’elle accepte de se soumettre, sans broncher, au viol (colonial) dont elle est victime.

Car dans ce monde de blanc, hostile aux noir.e.s, tout pousse à croire que seul l’oppresseur, agissant tel un véritable pompier-pyromane, est capable d’offrir à la femme noire la sécurité matérielle et affective qui lui permettra de s’élever socialement et racialement. Mais pour qu’une telle abomination soit possible, l’oncle Walt, qui garde en main les clés de cette histoire, se devait de rabaisser la princesse noire à son piètre niveau. Et d’ailleurs cette dernière ne s’y est pas trompée, puisqu’une fois que son baiser forcé l’a métamorphosé en grenouille, elle a littéralement tenu ce propos (en parlant du vieux crapaud) :

« Vous n’avez pas tellement changé… comment vous avez fait pour grimper là haut ? Et moi… comment j’ai fait pour tomber si bas ? »

Autrement dit, une fois que la princesse Tiana s’est retrouvée contrainte et forcée de renier ses valeurs, le crapaud baveux a pris de la hauteur, tandis qu’elle est tombé bien trop bas.

Ce qui n’est pas sans rappeler l’esclavage et la colonisation qui nous ont collectivement forcé, à grand coup de fouets et de tortures, à nous défaire de nos valeurs originels pour nous mettre à nu et nous abuser avant de nous rhabiller avec la blanche morale de nos kidnappeurs-violeurs (noms, religions, langues…).

Voilà donc ce que la « Férocité blanche » est parvenu à faire de nous. Afin de pouvoir nous dominer elle a du sauvagement nous faire tomber du piédestal de notre africanité pour nous rabaisser à son niveau, avant de nous maintenir plus bas que terre.

Voila pourquoi dans ce scénario, écrit par les tenanciers d’un pouvoir blanc qui n’avoue plus son nom, la princesse se risque à embraser le vieux crapaud (avatar du blanc esclavagiste ou colon) qui s’est substitué à Naveen. Par ce geste désespéré elle caresse l’espoir vénal qu’en posant ses douces lèvres sur celles de cet hideux batracien, il lui donnera suffisamment d’argent en échange. Argent censé lui permettre d’acheter le restaurant de ses rêves grâce auquel elle espère sortir de la misère dans laquelle ce pouvoir blanc et négrophobe la maintient enfoncée jusqu’au cou. Ce qui en langage clair s’apparente à de la prostitution. Prostitution derrière laquelle se cache un proxénète que nos yeux aveuglés par le bandeau de la propagande sont généralement rendus incapables de voir. De même qu’il nous est de plus en plus difficile de distinguer le marionnettiste-proxénète qui, caché dans l’ombre de son pouvoir blanc, tire les ficelles de la Françafrique et de la départementalisation qui prostituent l’Afrique et les Antilles toujours colonisée par une France qui nous jure sur sa Bible que la colonisation est belle et bien finie.

Autrement dit dans le fabuleux monde de Mickey, les princesses blanches embrassent leurs princes charmants guidées par la sincérité de leur amour, tandis que les princesses noires embrassent des vieux crapaud uniquement dans l’espoir d’en obtenir de l’argent.

Voilà donc comment nous voit la suprématie blanche qui nous invite à montrer industriellement ce message à nos enfants et ceux des autres, afin de conserver intact un ordre raciste et « classiste » du monde qui nous maintient tout en bas de l’échelle de l’humanité.

Tel un esclavagiste, l’Oncle Walt s’est employé à corrompre l’âme de la princesse noire en la déshabillant de sa dignité, de son honneur et de sa fierté, avant de la laisser en proie aux fantasmes de domination du capitaliste le plus offrant.

Tout au long du crime qu’elle a commis contre notre humanité, la suprématie blanche s’est férocement appliqué à briser la fierté des noir.e.s. Pour ce faire elle a réécrit l’histoire à son avantage. Voilà pourquoi Tonton Walt ne peut faire autrement que rabaisser la princesse noire pour espérer être, ne serait-ce qu’un jour, à sa hauteur.

Autrement dit dans un monde ou les crapauds sont rois, celles et ceux d’entre nous qui emprunteront ce genre de raccourcis en étant convaincu qu’ils leur permettront de recouvrir ne serait-ce qu’une petite parcelle de la dignité que la « Férocité blanche » leur a sauvagement arraché, seront forcé.e.s de devenir à leur tour des crapauds.

Ceci sans oublier que dans le monde de Walt Disney, le baiser du prince n’est pas tout à fait un baiser. Auquel cas tous les contes de fée ne se concluraient pas par :

« ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».

A moins que l’on soit assez naïf pour croire que c’est dans les choux ou simplement en embrassant l’être aimé que se font les bébés ?

A chacun.e donc de comprendre ce que Tiana nous dit après le baiser qu’elle a donné au vieux crapaud dans l’espoir qu’il lui donne de quoi acheter son restaurant ? A ce moment elle se rend compte que non seulement elle s’est faite duper, mais surtout qu’elle n’a plus sa robe. C’est donc dans ce cadre qu’elle s’exclame :

« Mais qu’est que ce que vous avez fait ? je suis verte et pleine de bave ».

Or si dans le monde de Walt Disney il est admis qu’un baiser vaut beaucoup plus qu’un baiser, que représente alors la bave provenant du baiser d’un hideux crapaud ?

Tout cela sachant qu’ici crapaud rime avec le genre de « gros porc » qu’incarne aujourd’hui le producteur et magnat d’Hollywood Harvey Weinstein. Ce présumé violeur en série qui, comme les riches propriétaires blancs esclavagistes dans les colonies, faisait la pluie et le beau temps sur la plantation (de la planète cinéma).

Et Tiana ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Consciente du dégoût que lui procurait ce batracien gras et visqueux qui lui donne littéralement envie de vomir, elle se trouve obligée de puiser en elle tout le courage qui lui permettra de l’embrasser ; convaincue que c’est vraisemblablement le seul moyen pour elle d’assurer son avenir. Dégoût qu’elle traduit d’ailleurs ouvertement en incarnant cet autre propos :

« Courage Tiana, tu vas y arriver, du calme… allez un seul baiser… tu vas y arriver ».

Ce qui n’est pas sans rappeler le courage dont ont du faire preuve les femmes noires pour supporter la vague de crapauds esclavagistes qui pénétraient de force leur intimité, utilisant leur phallus comme un instrument de torture leur servant à les rabaisser, de même qu’à satisfaire leurs abjectes fantasmes de domination blanche. Et tout cela en toute impunité, vu que dans ce monde de blanc.he.s la loi reste systématiquement de leur côté, dès lors que l’on ne tient pas compte des exceptions qui confirment cette règle.

Le pire étant que dans l’histoire originale, la princesse blanche prénommée Vassilissa n’embrasse jamais son prince par appât du gain, contrairement à Tiana. Le sentiment qui lie la première à son amant n’est autre que le fruit du pur et noble amour qui nourrit traditionnellement les contes de fée que Tonton Walt a écrit à la gloire des blanc.he.s.

Cependant n’oublions pas que si Tiana embrasse ce vieux crapaud visqueux pour de l’argent, c’est uniquement parce que nous n’avons toujours pas arraché des mains ensanglantées de notre oppresseur le pouvoir d’écrire nos propre scénario de manière à proposer une définition beaucoup plus juste de nous-mêmes. Tant que cette révolution n’aura pas lieu, nous serons soumis aux fantasmes lubriques et négrophobes de la suprématie blanche qui ne pourra faire autrement que manifester son faux sentiment de puissance en rabaissant et salissant notre image.

Mais pour en revenir à  Blanche-Neige et ses avatars, si Walt Disney ne nous les présente jamais comme des « michetonneuses », les faits nous les décrivent comme étant de vraies « mythonneuses ». Puisqu’en creusant un peu, on se rend compte que dans l’histoire qui les raconte magnifiquement, tout à été remanier pour permettre à la monstruosité qui fonde la suprématie blanche de se cacher derrière les traits féeriques lui permettant de ne pas éveiller nos craintes. Tel le plus horrible des monstres se présentant devant nous après avoir subi une opération de chirurgie esthétique, ces histoires dignes des pires films d’horreur ont eu recours au plus impressionnant des liftings. Si bien que nos petite têtes blondes, mais aussi crépues, sont conditionnés à ignorer que ces contes de fée dissimulent des atrocités qu’aucun enfant ou adulte n’aurait la décence de promouvoir, s’il était au fait de leur caractère profondément inhumain.

 

Un peu comme l’histoire édulcoré des génocides commis par des Etats impérialistes (tels que la France ou les Etats-Unis) qui, par la force de leur mensonges ont réussi à travestir leurs innombrables crimes contre l’humanité en bienfaits. De sorte que la spoliation de l’Amérique, à l’origine du génocide des vrais américains, s’est transformée en magnifique conte de fée nous racontant la somptueuse histoire de « la Découverte du nouveau Monde » par les bons européens. Si bien que, dans les livres d’histoires qui forgent l’opinion de nos enfants, les « génocidaires-vainqueurs » nous sont aujourd’hui encore présentés comme « les civilisateurs ». Ce qui explique, par exemple, que la statue de Colbert, auteur du « négrocidaire » Code Noir

trône comme une insulte officiellement assumée devant les jardins de l’assemblée nationale.

Sauf qu’en creusant un tout petit peu, on se rend compte que les histoires qui nous sont racontées depuis le berceau, ne sont autres que d’effroyables scènes de crimes maquillées en contes de fées. Lesquels servent le plus souvent à dissimuler des méfaits de cannibalisme, de viol, de torture ou d’infanticide… recyclés en version à peu près acceptable de manière à permettre à nos enfants, qui deviendront les adultes de demain, de digérer ces informations moralement indigestes, tout en les appréciant.

Mais qu’en adviendrait-il si cette même opinion publique apprenait que, de manière masqué, ces contes de fées - comme l’Histoire qui nous est enseignée a l’école - ne servent qu’à coloniser l’imaginaire de nos petites têtes blondes, mais aussi crépues. Pour ce faire, le système éducatif qui nous formate dès le plus jeune âge, en nous apprenant, au minimum, à distinguer le bien et le mal, grime l’apologie de l’infanticide, du viol, de l’inceste, de la torture et du canibalisme

(dont la propagande aime pourtant accuser les noir.e.s), en fait totalement « cautionnable » et acceptable. Mais heureusement que, là encore, ce n’est pas moi qui le dit, mais des forgeurs d’opinion qui, justement, ont pignon sur rue. Sinon j’imagine que les accusations gratuites, et surtout infondées, de « raciste-anti-blancs » se seraient déjà abattues sur moi comme l’improbable orage qui subitement survient en plein désert.

Car qui peut encore s’autoriser à imaginer que le monde de Disney est autre chose qu’un des multiples avatars de la Suprématie blanche. Raison pour laquelle, aucune de ses histoire ne peut être décryptée en faisant abstraction  des codes qui verrouillent « la question de classe », certes, mais aussi et surtout « la question de race », anormalement tabou en France.

En d’autre terme, le monde merveilleux de Disney, sous ses aspect racoleurs, n’est rien d’autre qu’un outil de propagande visant à coloniser notre imaginaire de manière à perpétuer la domination des riches sur les pauvres, certes, mais aussi et surtout celle des blanc.he.s sur les noir.e.s. Tant que l’on refuse de comprendre et d’admettre cela, on ne peut pas correctement interpréter une histoire comme « La Princesse et la grenouille », ni même Blanche-Neige, dont Walt Disney nous rappelait ce à quoi les 7 nains faisaient pour lui référence.

Fort de cette nouvelle grille de lecture, il devient plus aisé de comprendre que lorsque le prince vient embrasser la Belle au Bois dormant ou Blanche-Neige pendant son sommeil, ce n’est autre qu’une « jolie » métaphore servant à maquiller et surtout rendre acceptable un viol. En effet la poétique allégorie du baiser n’a jamais autant ressembler à son homonyme : « baiser ». Or l’on doit comprendre que ce « baiser » a systématiquement été volé, à l’une et à l’autre, sans leur consentement. Autrement dit, au vu des mœurs de l’époque, on peut imaginer sans prendre le risque de se tromper, que le prince charmant, aussi blanc soit-il, n’a pas seulement poser ses lèvre sur la bouche de celle qu’il convoitait, mais y a certainement introduit de force sa langue et pas que… ?

A partir de cela, on est en droit de ce demander comment un Weinstein, et le pouvoir blanc qu’il incarne, aurait pu être autre chose que le violeur en série que les tabloïd le présume être. Lui qui a forcément été, comme nous autres, élevé au petit lait de ces mêmes contes de fée qui, loin de nous éduquer aux joies de la parité homme-femme, nous apprennent implicitement que ces « dernières » peuvent être, sans aucun état d’âme, abusées pendant leur sommeil (mais uniquement par des hommes blancs si l’on en juge les lynchage des noirs injustement accusés d’avoir violés des femmes blanches pendant la ségrégation) ?

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Ironie de l’histoire,  nombre de filles rêvent de voir un jour venir leur prince charmant, sur son blanc destrier, prêt à pourfendre le danger et à s’embusquer dans la forêt vierge de leur intimité avec son épée sortie de son fourreau. Mais en définitive le prince charmant dont elle sont conditionnées à rêver, n’est finalement autre que leur violeur déguisé avec les habits du bonheur.

Si l’on considère cela par le prisme qui nous est offert par la « question de race », pourquoi en serait-il autrement pour la princesse Tiana, qui de par sa condition de « racisée » et de pauvre, a d’emblée écopée d’une double peine ?

En effet, à en croire ses histoires vraies recyclées en conte de fée, il est possible que le monde que l’on nous raconte n’est en aucun point en accord avec la pseudo réalité « civilisée » avec laquelle la propagande raciste nous bassine dans l’espoir de prendre toujours plus de hauteur en nous infériorisant grâce à ses mensonges.

En d’autres termes, si l’histoire de la La Belle au Bois Dormant et tant d’autres ne servent qu’à maquiller et couvrir des histoires d’agressions sexuelles, dans notre réalité, le hashtag #BalanceTonPorc devrait prendre une ampleur d’ordre beaucoup plus systémique. Sauf que l’histoire de Tiana (que je perçois comme une métaphore accouché par l’histoire esclavagiste et coloniale qui a permis à des Etats impérialistes comme la France de s’engraisser allègrement), nous rappelle que les noir.e.s ne sont pas logé.e.s à la même enseigne que les blanc.he.s. Et s’il est donné à certain.e.s de croire que l’on pourra réformer l’exercice abusif de ce pouvoir blanc phallocrate en ne s’attaquant qu’à sa forme plutôt qu’ à son fond, alors autant que les femmes noires brandissent le hashtag #BalanceTonCrapaud. Car chaque parcelle de notre combat, dont le féminisme, ne peut en aucun cas faire abstraction de l’aspect « déconial » et encore moins s’allier à des mouvement qui, pour préserver (in)consciemment leurs privilèges (blancs), nous instrumentalisent tout en « invisibilisant » la question raciale, qui se trouve être au cœur de notre oppression multiséculaire .

Le Pacificateur pour la #BrigadeAntiNégrophobie (B.A.N Page Officielle)

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