L’HUMANITAIRE : CHEVAL DE TROIE DE L’IMPERIALISME ?

Se pourrait-il qu’en vu de faire de nous les relais inconscients de son crime colonial, l’impérialisme dissimule les tenants de son idéologie raciste derrière la façade des bonnes intentions qui habillent les messages humanitaires qu’il nous destine ? Si cela était avéré, il nous faudrait alors admettre que le ver de la colonisation est dores et déjà dans le fruit du savoir avec lequel il étanche notre soif d’apprendre ?

Après avoir pris le temps de regarder cette vidéo, il nous a paru évident que son message illustrant les risques liés à l’obésité était à la fois informatif, préventif et certainement nécessaire. Ceci d’autant que ce dernier ne nous a pas donné l’impression de vouloir nous imposer comme modèle de référence physique idéal les canons de beautés occidentaux incarnés par un peloton de mannequins anorexiques colonisant les couverture des magazines de mode les plus en vogue. Cependant il nous semble que qu’en dépit de son petit côté bon enfant, ce spot réveille de manière subliminal un indicible malaise.

Loin de vouloir critiquer celles et/ou ceux qui en sont les concepteurs/trices, nous pensons toutefois qu’une petite lecture entre les lignes permettra de réaliser à quel point nous pouvons véhiculer, sans même le vouloir, un ordre des choses (insidieusement) raciste. Lequel oeuvre nuit et jour pour nous faire accepter comme une évidence l’idée fausse selon laquelle le monde blanc serait supérieur, tandis que le noir voué à demeurer enfermé à perpétuité dans la prison d’une infériorité que le Racisme d’Etat lui a fabriqué de toute pièce.

Pour tenter de mettre en lumière cette hypothèse (bien évidemment discutable), nous nous concentrerons sur les trois personnages principaux qui se trouvent être au centre de cette histoire dont le décor a été planté quelque part au Mali.

Dans le rôle des obèses (potentielles), nous avons donc deux femmes noires. Lesquelles nous sont présentées comme des villageoises en proie une relative ignorance qui ne demande qu’à être combler.

Complétant ce tableau, il y a un homme, noir lui aussi. Mais, chose peu commune, son statut de médecin le destine à incarner une certaine forme d’intelligence.

Etant à même de comprendre que, parfois, l’usage de « raccourcis » permet à une idée complexe d’emprunter un cheminement à même de la rendre accessible au plus grand nombre, nous ne apesantirons pas l’angle de vue quelque peu binaire avec lequel on nous incite à considérer ce problème, conscients qu’il se peut que l’objectif à atteindre l’exige.

Ce point écarté, il n’en reste pas moins, qu’après lecture entre les lignes, nous avons beaucoup de mal à comprendre pourquoi l’accent « africain » ici prêté à nos deux « héroïnes » semble à ce point rimer avec « ignorance », tandis que l’accent de type « occidental » prêté à notre médecin semble être synonyme d’intelligence ?

En effet, n’est on pas en droit de s’interroger sur les raisons (in)consciente qui ont conduit à ce que le particularisme linguistique qui participe à dessiner les contours de l’identité africaine de ses deux femmes, réveille une certaine forme d’ilotisme (?) . Parallèlement à cela, il est important de noter que cet accent « africain » est maquillé tel un véhicule de contrebande  transportant la réalité coloniale d’une francophonie qui, dans l’ombre, s’emploie à cultiver la fausse impression que la langue maternelle de ces deux femmes serait naturellement le français. Ce qui laisse par ailleurs supposer que leurs ancêtres sont forcément « gaulois » et qu’elles n’ont d’autres racines, culture et histoire que celles de cet autre venu sauvagement coloniser leur esprit d’indépendance.

Pesant tel un contrepoids sur la balance de notre perception, l’homme noir qui leur donne la réplique possède quant à lui un accent que son statut de médecin nous impose comme étant le parfait reflet de l’intelligence. Bien qu’officiant au Mali, ce dernier s’exprime avec un ton froid et monocorde, du type de celui que l’on adresse aux étrangers sous certaines latitudes soucieuses de maintenir une distance qui, en plus de réfréner toute relation de confiance, ne rime absolument pas avec les us et coutumes qui fondent de l’humanité et de l’hospitalité africaine.  Le tout auréolé d’un accent français d’excellente facture coiffé d’une structure grammaticale irréprochable qui ne manquerait pas de faire pâlir de jalousie le président Macron lui-même.

Reste, qu’à ce stade, il nous est impossible de ne pas chercher à décrypter cette situation en prenant le temps de l’ausculter à travers le prisme du Racisme (d’Etat) qui régit notre quotidien. Lequel, de par sa volonté toute puissante, exige que seul.e.s les non-blanc.he.s soient racisé.e.s de manière à permettre aux blanc.he.s d’être perçu.e.s comme des êtres totalement dénués de couleur, ceci afin que la propagande raciste, qui les privilégie, puisse les imposer en tant que référence universelle de l’humanité (que Dieu, lui-même, aurait créé à son image).

Vu à travers cette même grille de lecture insidieusement raciste, il va de soit que lorsque l’on précise que ce médecin noir, en blouse blanche, parle le « bon français », beaucoup d’entre nous sont conditionné.e.s à comprendre qu’il exprime son intelligence « sans le moindre accent »

Entendez par là qu’il par la « langue du blanc », la langue des seigneur. Autrement dit celle qui secrète en elle le pouvoir de lui apposer l’étiquette d’être « civilisé ». Tandis que l’accent dit « petit nègre »  est connue pour avoir subjectivement vocation à le le cantonner dans camp des « sauvage ».

En effet, force est de constater que si l’idéologie raciste nous impose d’intégrer que le blanc n’a pas de couleur (contrairement au racisé.e.s), alors il va de soi qu’à la différence de nous autres ce dernier, lorsqu’il parle le « bon français », ne saurait avoir d’accent. Au même titre que son teint pâle lui permet de transcender idéologiquement les frontières ethnique qu’il à lui même tracé, son langage a partialement le pouvoir d’être universel. Au point que lorsqu’un.e mélanoderme fait corps avec une langue européenne présentée comme étant au-dessus de toutes les autres (langues non-blanches),  il gomme automatiquement tous les préjugés rappelant qu’il est noir. Mais ce, si et seulement si ceux à qui il s’adresse acceptent de l’écouter en fermant les yeux, auquel la magie n’opèrera malheureusement pas.

Anticipant toutefois la malhonnêteté intellectuelle des « racio-sceptiques » qui, pour se donner un semblant de bonne conscience, s’empresseront d’affirmer que nous nous retranchons derrière une énième « posture victimaire » nous incitant à voir le Racisme (d’Etat) absolument partout (où il n’est pas)… voilà ce que nous leur rétorquons :

Les termes stigmatisant, tels que « minorités visibles » et autres insultes racistes savamment bien tournées pour leur permettre d’être généreusement relayés par les hautes sphères politiques et médiatiques d’une France que nous considérons toujours coloniale, laissent clairement entendre que la majorité (blanche) est subjectivement « invisible », contrairement à la frange marginalisée des non-blanc.he.s. Ce qui confirme comme nous le disions plus haut, que la propagande raciste qui garantit et justifie leurs privilèges exprime, sans jamais clairement le dire, que le blanc n’est pas un « homme de couleur », et ce, bien que la sciences et l’Histoire objective prouvent radicalement le contraire.

Notre réflexion arrivant à son terme, nous invitons tout un.e chacun.e à parcourir cette vidéo. Mais cette fois-ci en fermant les yeux, de manière à ce que les un.e.s et les autres nous disent si, oui ou non, il apparaît que dans ce spot l’ignorance est subjectivement symbolisée par une certaine couleur qui n’est autre que le reflet de l’accent des personnages qui l’exprime. Dans le même temps, chacun.e nous dira, si oui ou non, l’intelligence ne semble pas être enfermée dans une coloration (invisible) qui rime un accent (qui se veut sans accent) appartenant sans conteste au champs d’un monde blanc qui instrumentalise cet homme noir à des fins bien plus promotionnelles qu’humanitaire ?

Un peu comme Sarkozy, lors de sa présidence, qui – par pure stratégie – avait su « colorer » son gouvernement pour mieux nous faire croire que sa politique viscéralement (néo)coloniale n’avait strictement rien de Raciste. Ce qui, un peu plus tard, ne manquera pas de faire écho – dans une autre mesure – au cas de sa consoeur Morano qui, n’arrivant pas à prouver que ses thèses immonde sur « la Race Blanche » n’étaient pas racistes fit oeuvre d’une insondable mauvaise foi l’obligeant à sortir de sa manche la carte de « l’amie (encore) plus noire qu’une arabe ».

Cela dit, et afin de ne laisser planer aucune ambiguïté, nous ne préciserons jamais assez que l’objectif de cette réflexion (encore une fois discutable), n’a jamais eu pour but d’incriminer les concepteurs/trice de ce dessin animé qui, encore une fois se distingue par sa nature tant préventive, qu’informative. Simplement nous avons pu la visionner avec un certain recul qui n’aurait peut-être, voire certainement, pas été le même si nous avions du répondre à la même urgence sanitaire tout en gardant le nez dans le guidon. Cela pour dire que, compte tenu de la manière dont la #neurocolonisation s’emploie à prendre en otage notre libre arbitre au quotidien, nous pouvons tous véhiculer à notre insu des idéologies que la propagande raciste construit dans l’implicite but de nous détruire… d’abord de l’intérieur. Mais pour ne serait-ce qu’essayer de contrer ses attaques incessantes encore faut-il que nous acceptions de nous remettre en cause, conscient.e.s que nous ne sommes pas infaillibles. Ce d’autant qu’être convaincu.e.s du contraire en reviendrait à sous-estimer la puissance dénigrante et dévastatrice de l’impitoyable « machine à broyer du noir » qui oeuvre depuis des siècles et des siècles pour enrayer les rouages de notre Résistance multi séculaire.

Ce qui nous a poussé à lire entre les lignes du messages salutaire que porte au premier regard cette vidéo, c’est le fait qu’elle nous ait poussé à nous demander si, compte tenu du contexte et des circonstances précises, il n’aurait pas été plus logique de faire en sorte que ce médecin, à défaut de parler sa langue maternelle, transmette son savoir avec le même accent que ces deux villageoises ? Car pourquoi avoir exploiter le choix (in)conscient de faire naître une différence réveillée par leur accent ? Ceci d’autant que  le message semble avant tout destiné à la population malienne ? Vu de là où nous sommes, nous ne pouvons que nous demander si finalement cet accent « sans accent » ne sert pas à vanter (im)perceptiblement les bienfaits d’une colonisation sans laquelle cet homme en blouse blanche n’aurait jamais pu acquérir ses connaissances de médecins ?

Pour conclure nous rappèlerons que si la plus grande ruse du diable reste d’avoir réussi à nous convaincre qu’il n’existait pas, l’un des pièges que nous tend encore l’Occident c’est de nous pousser à confondre « instruction » ou « culture général »/occidentale » et « intelligence ». Si bien que dans une émission diffusée sur une chaine française payante, les projecteurs avaient été braqués sur une mission humanitaire (coloniale) dont les tentacules s’étaient déployées jusqu’en Guinée.

Dans ce cadre, le focus avait été mis sur une jeune femme-mère, noire va sans dire, qui, en plus de remercier les blancs pour leur oeuvre (qu’elle croyait) charitable, était conditionné à croire qu’elle n’était pas intelligente pour la simple raison qu’elle ne parlait pas du tout le français.

Ce qui sous entend que l’aliénation, dont nous sommes tou.te.s victimes, à un degré plus ou moindre, était parvenue à lui faire intégrer, sans qu’elle ne s’en rende compte, que sa langue maternelle n’était autre que le siège de la bêtise et de l’ignorance, tandis que celle du colon le trône doré de l’intelligence et du pouvoir légitime.

Alors réfléchissons un instant : Comment peut-on être amené à créer de grande chose si l’on est collectivement et (in)consciemment conditionné à cultiver une image aussi négative de nous-mêmes ? Tout cela sachant que d’un point de vue spirituel, la langue – en plus de receler une vision cosmogonique du monde qui nous est propre – nous porte à l’existence ? Voilà pourquoi nous pensons que la (neuro)colonisation a le pouvoir de déguiser l’impérialisme en bonnes intentions. Lesquelles ont pour missions d’infester de bons sentiments des messages humanitaires qui ne sont que le cheval de Troie d’un propos beaucoup plus insidieux qui nous pousse à intégrer (et relayer) « subliminalement » que « blanc.he » rime forcément avec réussite, tandis que « noir.e » avec « échec ». Raison pour laquelle il nous faut absolument apprendre à lire entre les lignes de cette propagande pour pouvoir nous armer  d’un savoir émancipé qui nous permettra de sortir de ses sentiers battus en nous ouvrant les voies du  destin que nous nous engageons à bâtir.

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La #négrophobie est une arme (neuro)coloniale d’aliénation et de destruction massive qui n’avoue pas son nom…

… armons-nous jusqu’aux dents pour la combattre !

#BrigadeAntiNégrophobie (www.amon-france.com)

Le pacificateur pour la #BrigadeAntiNégrophobie

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