LE TOGO EST RONGÉ PAR UN POISON : La Françafrique

thumbnail

COMME UNE BONNE PARTIE DE L’AFRIQUE, LE TOGO EST RONGÉ PAR UN POISON : La Françafrique

On ne sait pas qui, parmi les cinq hommes de troupe venus à la rencontre du président Sylvanus Olympio au petit matin du 12 janvier 1963 l’a criblé de balles puis lui a tranché la gorge pour s’assurer de sa mort. On sait par contre qu’ils ont été envoyés pour tuer, par des diplomates de l’ambassade de France; Lesquels avaient été renseignés sur la position du président togolais par leurs homologues américains qu’Olympio avait eu le tort d’appeler alors qu’il était caché dans une voiture garée dans l’ambassade des États-Unis jouxtant sa maison.

Les français n’aimaient pas Olympio qui ne se comportait pas en valet devant eux, prenant au sérieux et à la lettre son statut de premier président du Togo. C’est que le Togo avait été colonisé par les allemands avant d’être placé sous tutelle de la France après la seconde guerre mondiale. Olympio ayant étudié en Allemagne et en Angleterre ne faisait pas grand cas de la France et de ses valeurs. Il comptait surtout travailler avec les pays anglo-saxons dont en premier lieu les États-Unis pour développer son pays. Sans s’en douter, il signait ainsi son arrêt de mort.

Gnassingbé, un obscur soldat ayant fait l’Indochine et totalement illétré en Français avait fini par revendiquer avoir tué Olympio.  » Cé moi qui l’a tué président  » aurait-t-il déclaré en privé et à maintes reprises d’après des témoignages oraux. Les français mettront 3 ans à le préparer et en 1966. Éyadéma prend le pouvoir en renversant Gruniscki le beau-frère de feu Olympio. Éyadéma apportera devant l’histoire, sa contribution à la pérennisation du fascisme . Pendant des décennies les militaires et les policiers seront recrutés à plus de 60% dans son ethnie et tout particulièrement dans son village natal de Pya et seront donc totalement dévoués à leur papa. Sur ordre de ce dernier ils exécutent sans état d’âme des civils, viennent enlever des gens au beau milieu de la nuit que l’on ne reverra parfois plus jamais.

Éyadéma n’hésite pas à gifler ses ministres en réunion surtout si ces derniers osent toucher à l’argent public qu’il considère être son argent. Physiquement complexé, il prend sa revanche en faisant amener à sa résidence des jeunes filles, claire de peau qu’il a vu quelques instants en déplacement sur un marché ou dans une école de Lomé. Il les consomme leur fait un enfant ou deux puis se lasse d’elles pour d’autres.

En 1974 il sort miraculeusement indemne d’un accident d’avion qui avait tout l’air d’un attentat fomenté par des opposants politiques. Éyadéma sombre alors dans la paranoïa en ajoutant une dimension mystique à son pouvoir. Il se fait passer pour une sorte de vaudoun aux yeux de son peuple. À la télé et sur les photos il est souvent représenté émanant du ciel sur un nuage blanc. Quand il fait des sorties officielles, accompagné d’hôtes étrangers ou pas, il met en place un protocole bien huilé où des jeunes filles dansent et applaudissent sur son passage souvent seins nus et parfois jusqu’à la transe. Demi-lettré jusqu’à en éprouver un complexe, Éyadéma n’aura jamais assez de haine à distiller contre la classe des intellectuels qu’il qualifie de bourgeoisie colorée. Il fera entre autre assassiner Tavio Amorin et Atsustsé Agbogbli qui ne sont que le sommet d’un iceberg tropical. Car on retrouve fréquemment des corps nus et ligotés flottant au large des plages de Lomé.

En 1992 en pleine conférence nationale sentant que cette dernière lui échappe il fait donner l’assaut à la résidence du premier ministre de la transition. À genou devant Éyadéma Joseph Koffigoh promet au tyran de remettre la conférence nationale sur  » les bons rails « . Quand Éyadéma meurt subitement en 2005 après 38 ans d’un règne sanguinaire sans partage, son fils Faure lui succède pour faire comme son père mais en douce. Durant les 50 ans dernières années où le Togo a vécu des heures particulièrement terribles, des centaines de centaines d’opposants n’ont cessé de combattre clandestinement ce régime honni et soutenu sans faille par la France Beaucoup sont morts sous la torture, ou criblés de balles. D’autres croupissent en prison depuis des années, certains y ont perdu la raison. Nombreux sont ceux qui ont pris le chemin de l’exil. Mais les opposants ont tenu bon et ont fini par convaincre les populations de ne plus avoir peur de ce régime illégitime. Depuis le 19 aout dernier, des centaines de milliers de togolais descendent régulièrement dans les rues de tout le pays à l’appel du Parti National Panafricain pour demander non pas des réformes mais le départ pur et simple de Faure Gnassingbé. En Afrique, les pluies aussi violentes soient-elles finissent toujours par céder le ciel et l’espace au soleil.

Ahmad Nougbo pour la #BrigadeAntiNégrophobie (www.amon-france.com)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>