Le racisme anti-blanc: une expression présente de la domination euro-centrée

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Avertissement au lecteur
Aucune discrimination ne saurait être lue ici comme imputée à l’usage de catégories ethniques. Je confirme par cet article que la couleur des hommes n’est pas pertinente pour saisir le genre humain.

De plus je ne manque pas de proposer un autre paradigme qui abandonne les catégories ethniques actuelles inscrites dans un ordre de la nature, et suggère d’autres catégories fondées sur un ordre de la culture. Ces catégories ethniques sont à saisir comme étant des formations sociales. Je me saisis de ces catégories ethniques seulement pour mon travail d’analyste d’une société dans laquelle les expressions racialisées sévissent toujours, pour problématiser la question post-coloniale  au cœur de laquelle joue la négrophobie; en tous autres cas, elle ne saurait affecter ma perception de l’homme.
En parlant d’homme noir et d’homme blanc, je désigne ceux qui se vivent et/ou sont perçus comme tels, en dehors donc de toute évaluation personnelle de la couleur.
En parlant de blanchitude, je désigne un cadre de pensée qui contient les valeurs de civilisation du monde blanc telles qu’elles s’expriment. Ces valeurs convergent vers la la domination eurocentrée, sa stabilisation et sa récupération en tous lieux ; à ces fins elles tiennent la préexcellence blanche pour postulat. Cette notion sera plus développée dans l’article.
En parlant de blanchité,  je désigne le groupe de personnes qui adhèrent à la blanchitude.
En parlant de suprémacisme, je désigne la suprématie blanche érigée en système de la violence négrophobe.
Encore une fois, je me situe en dehors de toute évaluation de la couleur puisque bien que la blanchitude soit composée quasi totalement par des blancs, quelques noirs savent  y adhérer. D’autre part quelques blancs (auxquels j’appartiens) pourfendent la blanchitude, défendent la négritude et se désolidarisent intégralement de la blanchité.
L’intention de ce travail rejoint Albert Camus: « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur de ce monde. »

Article
Bien que la Cour d’Appel de Paris ait confirmé que l’expression «Français blancs dits de souche» ne «recouvre aucune réalité légale, historique, biologique ou sociologique»(1), le racisme antiblanc  cherche à s’imposer comme un concept. Nous nous attachons ici à déconstruire cette production idéelle qui ne répond à aucun critère scientifique, et qui surgie des profondeurs de la régression anthropologique, se manifeste comme  une  production idéologique  loin d’être  adventice.
La notion de racisme antiblanc désormais déployée de la doxa jusqu’aux militants de gauche, réinscrit les différences entre les hommes dans la couleur de la peau en les désinscrivant de la couleur des idées. Elle déplace les repères de la conscience à ces autres repères que deviennent, par le regard porté sur le corps, les marqueurs ethnicisés. Elle renouvelle par là une fondation du sujet sur ses caractères biologiques comme elle renouvelle sa perception sociale au sein des schèmes morphogenètiques de la personne.
Dans leurs affirmations diverses et variées d’un racisme anti-blanc, certaines voix de la gauche politique tutoient désormais sans ambages le revival du néocolonialisme. Les propos de militants antiracistes aujourd’hui gagnés par l’affirmation du racisme anti-blanc, dans laquelle la LICRA (2), le MRAP(3) et SOS Racisme(4) se sont notamment illustrés, rejoignant là notre présente ministre N.Vallaud-Belkacem (5), commandent l’urgence d’éclaircissements face à cette véritable imposture intellectuelle, pour pallier les nouvelles conquêtes du racisme structurel en France.

Sans procéder à une histoire du racisme antiblanc, passons par quelques repères indispensables pour comprendre de quoi nous parlons. En 1983 Pascal Bruckner introduit le terme de « racisme anti-Blancs » dans son livre Le sanglot de l’homme blanc . Dans les années 2000, des mouvements d’extrême droite vont saisir la question du racisme antiblanc en clamant que « les Européens blancs » connaissent « une immigration invasion », que non seulement ils sont opprimés mais aussi sur-exposés par une justice qui ne prend pas en compte cette oppression. Le but du racisme antiblanc qui vise à protéger la blanchitude, est ici bien formulé : « Selon Stéphane François, politologue, « il s’agit, au nom de la résistance au racisme antiblanc de mener une lutte pour la défense de l’identité blanche. Il s’agit enfin de démontrer que toute société multiculturelle est vouée à l’échec »» (6). Puis le 15 mars 2015 l’article de Luc Bronner dans le quotidien Le Monde attribue les violences faites à des lycéens à un fait de racisme antiblanc : « Manifestations de lycéens : le spectre des violences anti-Blancs ».  La LICRA approuvera ici cette reconnaissance du racisme antiblanc à l’instar du MRAP et de N.Vallaud-Belkacem en 2012, de SOS Racisme en 2009 pour d’autres faits.

Le racisme antiblanc occupe aujourd’hui les esprits plus que le racisme antinoir ou la négrophobie, dont les faits sont considérablement plus nombreux et excèdent en types d’agression du sujet les insultes épisodiques subies par les blancs. Une surenchère de ce phénomène le rendant paranoïde se développe tout azimut. P. Bruckner, qui la traduit par sa demande d’une reconnaissance de crime contre l’humanité, comme par sa vision d’une croisade antiblanc, n’en est qu’un échantillon : «  le caractère macabre d’une croisade raciale contre l’homme blanc. Quand l’ONU inscrira-t-elle l’antioccidentalisme et le racisme anti-Blancs au rang des crimes contre l’humanité  » (7)

Nous ne sommes plus qu’une poignée à montrer que les agressions sporadiques des blancs limitées à des injures sont incomparables au racisme structurel qui, à tous les niveaux des droits de l’homme et dans tous les domaines de la vie sociale, spolie, affaiblit, épuise, désintègre, ceux stigmatisés pour avoir la peau noire et en conséquence frappés de toutes les inégalités comme d’ostracisme.

Cette étude de l’INED, janvier 2016, le corrobore en même temps qu’elle corrobore la négrophobie comme facteur central dans le racisme. Elle confirme d’autre part que la population majoritaire, soit les blancs, « ne déclarent pas de discriminations associées aux expériences de racisme »,  que les réactions racistes sont limitées à des insultes, sont peu nombreuses, et ne se traduisent pas « par des préjudices matériels. ».
« Les enfants d’immigrés, maghrébins ou subsahariens, mais aussi les personnes nées en métropole de parents nés dans un DOM sont confrontés à l’hostilité raciste : de 54 % à 60 % d’entre eux. Et ce racisme se répète en de multiples lieux : d’abord les espaces publics, mais aussi l’école, les lieux de travail, les espaces de loisir. Ces propos, explicitement racistes, se cumulent avec des traitements défavorables, comme,dans le cadre du travail, se voir systématiquement confier les «tâches dont personne ne veut» ou les «horaires dont personne ne veut». Un tel cumul et une telle répétition n’existent pas pour les personnes de la population majoritaire qui, de fait, sont nettement moins souvent confrontées à de telles expériences (15 % d’entre elles) et ne déclarent pas de discriminations associées aux expériences de racisme. Et il faut souligner que certains enquêtés de la population majoritaire ont considéré comme un comportement raciste à leur encontre le fait de se voir traiter de «sales racistes». Ainsi le racisme explicite qui vise les enfants d’immigrés est un racisme qui les discrimine en réduisant leur accès à l’emploi et en dégradant leurs conditions de travail. Au contraire, le racisme qui vise la population majoritaire prend essentiellement la forme d’insultes proférées dans la rue ou les cours d’école et ne se traduit pas par des préjudices matériels. » (8) 2016,Cris Beauchemin, Christelle Hamel, Patrick Simon, Chercheurs à l’Institut National d’Etudes Démographiques .

Nous en concluons que le racisme antiblanc constitue un déni de la réalité du racisme chez les dominants. A l’heure où la blanchité connaît le ressentiment de ceux qu’elle domine, ou encore un retour de la violence racialisée en amont et faut-il le préciser sous des formes plus symboliques que réelles, elle crie au racisme couverte de l’absolution de ses propres brutalités.  Dans ce système discriminatoire de la blanchité la violence qu’elle exerce est politiquement légitimée, ce qui n’est pas sans consumer la réalité de la souffrance psychique des dominés que le système s’emploie à faire disparaître sous l’outrage de l’insulte.
Le racisme antiblanc n’est qu’un épiphénomène qui le situe hors champ du racisme. Mais jusque chez les intellectuels, les gauchistes, les veilleurs de démocratie, les dominés sont toujours malséants et dangereux pour les dominants, qui en fonction de leur seule couleur, sont protégés par le système qui les place et les classe en situation de supériorité et de prépotence.
Le racisme antiblanc émane du système du privilège de la couleur. Partant de ce principe acquis par la sociologie selon lequel toute conceptualisation du racisme influe sur l’individu, les pratiques sociales et sur les politiques publiques, il réintroduit désormais le privilège de la couleur dans la complexion et le jeu du système social.
Dans ce phénomène de racisme antiblanc, la quête de pouvoir dévore le discernement de l’homme blanc face aux dispositions juridiques stipulant que les Français blancs de souche ne sont pas objectivement considérés comme un groupe social défini. Sur le plan juridique, la Cour d’Appel de Paris a confirmé que l’expression Français blancs dits de souche ne «recouvre aucune réalité légale, historique, biologique ou sociologique». De plus, la justice a estimé que «la blancheur ou la « race blanche »» n’est «en aucune manière une composante juridique de la qualité des Français» et que «les Français blancs dits de souche ne constituent pas un « groupe de personnes »» au sens de la loi de 1881 sur la liberté de la presse.
Cette décision comme la récente étude de l’INED invalident la notion de victime du racisme pour les blancs, majoritaires et non discriminés dans leur société. Dans l’article «  Accuser de racisme pour masquer les privilèges », Juliette Sméralda indique bien:
« En fait de racisme, c’est en réalité une situation ressentie comme injuste qui est interrogée par eux… Deux critères servent en effet à tester l’intégration d’un groupe exogène dans une société : son accès à l’emploi et au logement : qui dira que les métropolitains sont discriminés à la Martinique? » (9)

Cet article s’étançonne sur un postulat  que le raidissement de la majorité Française face au multiculturalisme de notre société ne saura ni refroidir ni supprimer :
La couleur n’existe que dans le regard de l’observateur, elle n’existe pas dans l’être regardé.
Ce raidissement n’est pas étranger aux effets toxiques d’une société qui admet sa diversité aux conditions qu’elle se fédère à l’identité républicaine, d’une société qui refoule son multiculturalisme comme ses identités plurielles. Des conflits de légitimité ne surgissent pas seuls de ces oppositions culturelles. Ils régénèrent la suprématie blanche qui se réinvente par de nouveaux signes suprémacistes, tels ceux charriés par l’invention du racisme antiblanc et produits par  les mêmes archaïsmes coloniaux.
Cette construction fumeuse et cafouilleuse que les  esprits colonisés partagent avec les esprits colonisateurs est un non-sens absolu, comme si le racisme qui se définit par la discrimination de la couleur et de la race, pouvait frapper la quasi totalité d’une société. La composante historique déterminante du racisme est absente dans le racisme anti-blanc . Aussi cet essai conceptuel que l’inexistence des Français blancs comme groupe social ne peut transformer, est inconsistant.
Le racisme anti-blanc n’a pas de sens dans notre société où les blancs ne sont pas les victimes d’un racisme institutionnalisé et d’une discrimination sociale à dimension historique. Il confond ce qui relève des préjugés et des réductions simplistes avec le racisme qui se définit par des rapports de force et des inégalités entre  groupes sociaux.
Le racisme anti-blanc émerge comme une réaction ethnocentrée dans laquelle le conflit de « race » prévaut sur le conflit de culture. Si les populations issues du Proche et Moyen-Orient (Françaises parfois depuis plusieurs générations mais toujours épinglées selon leur origine) sont autant visées que les populations noires (idem), ces dernières souffrent à un degré supérieur du colorisme, vecteur majeur d’ethnicité et d’altérisation,  en étant indistinctement renvoyées à une origine Africaine dont l’intensification de la pigmentation épidermique suffit à directement évoquer l’intensification d’un fossé socio-culturel. Les populations issues du Proche et Moyen-Orient elles, souffrent à un degré supérieur d’un racisme fondé d’abord sur l’islamophobie, bien que l’essentialisation croissante des cultures ne permet pas toujours de distinguer strictement une cause. Puis plus leur teint est foncé, plus elles font l’objet de discriminations indexées sur le taux de mélanine comme valeur de référence.
En exprimant l’ethnicisme, le racisme anti-blanc alimente particulièrement la notion de race et avec, la pérennisation de l’homme noir comme mauvais objet, une position marquée par l’infériorité de nature et de culture, même si la valorisation de la diversité semble dire son contraire.
E. Saada, en nous ramenant à l’histoire de la catégorie race en France, fait valoir son intrication toujours actuelle entre nature et culture:
« Si le mot « race » était d’usage courant en France, il renvoyait, dans le discours politique, à la « race historique », c’est-à-dire à la continuité des générations enracinées sur un territoire . Sa signification s’infléchira en situation coloniale. Alors qu’en métropole, dans le second xixe siècle, le couple français/étranger est au cœur de la question sociale, aux colonies, le principal clivage passe entre « citoyens et assimilés » (en général, les « Européens ») et « indigènes et assimilés » – appellation qui concerne surtout les immigrants de pays limitrophes de la colonie considérée. Ce partage, cristallisé dans le droit, est racial en son fondement, mais la notion de race en jeu ici est complexe : articulée à celles de « milieu » et de « civilisation », elle mêle indissolublement culture et nature. » (10)

La société coloniale a produit le racisme en s’auto-légitimant au moyen de la science et du progrès. Ce même racisme habite aujourd’hui notre société sur les mêmes schèmes de pensées archaïques.
Mais la blanchité considérant qu’elle est chez elle, tout comme jusqu’aux années des indépendances, elle considérait qu’elle était chez elle quand bien même elle était chez les autres -colonisés-, elle semble n’avoir rien perdu de son introjection d’une mission civilisatrice, qui désormais a pris la forme d’une sommation à l’assimilation républicaine. Cette mission s’est juste déplacée d’un territoire à un autre (de l’Afrique à l’Hexagone, sa métropole, encore ainsi nommée dans les DOM !), et dans cette translation géopolitique, son travail civilisateur objective continûment sa légitimité, tandis qu’assimilation républicaine et blanchitude façonnent les cadres éthérisés dans lequel les noirs doivent se fondre. L’épiphénomène « racisme anti-blanc » traduit dans sa dimension réactionnaire une adhérence à l’entité blanche conçue comme suprématiste, c’est dire une conformité ethnocentrique, sachant que le radical ethnie désigne un groupe d’êtres d’origine ou de condition commune. Sa dominance ne souffre aucunement, ni une simple remise en question  aussitôt vécue comme injure et assaut, ni une brimade aussitôt vécue comme un raid.

Donnons deux faits récents:
En 2015, un homme blanc venant de l’hexagone se baignait avec son chien sur la plage de Caritan en Martinique. Un Martiniquais l’interpelle et lui rappelle la présence d’un panneau d’interdiction de baignade des chiens. Sa réponse fut nette et lapidaire : »nos chiens sont plus propres que vos femmes ! » Par ailleurs, la gendarmerie a refusé d’enregistrer le dépôt de plainte de la victime, ce qui constitue en soi une prévarication des agents de la loi. Ce fait fut amplement dénoncé par des associations auprès des autorités, et comme d’habitude celles ci restèrent muettes.
Cette situation illustre bien ce qu’est et comment s’exerce le racisme structurel. S’il émane d’un individu, en écho les institutions agissent dans une optique de conservation de l’ordre que la division raciale établit. Si les actes racistes  sont imputables aux individus qui en sont les auteurs, ils sont aussi imputables à une société qui les autorise. Les faits de racisme anti-noir sont si nombreux, bien que tus par les médias mainstream, que chaque jour nous apporte quantité d’exemples. Voici quelques jours ce fut la Boutique Colorful Black à Paris qui se vit placardé une affiche rédigée par les habitants du quartier, pour demander leur expulsion en raison d’irrespect de ce quartier vu leur  commerce de « cheveux en plastique »
https://blogs.mediapart.fr/cathy-liminana-dembele/blog
Boutique Colorful Black – 7 rue Poissonnière – 75002 PARIS – Janvier 2016

Le racisme antiblanc est centré sur l’homme blanc dans un système social construit à l’échelle de la racialisation, et dans lequel l’homme est dépourvu de sa dimension universelle quand il est noir.  Pour se vivre, les noirs n’ont d’autres choix que ceux de se blanchir ou de se retrouver dans une communauté de destin au sein de laquelle leur ostracisme fait le lien social.
Ignorer ces formations sociales reviendrait à dénier les rapports de pouvoir qui modèlent les groupes sociaux. Tandis que la blanchité décrie le communautarisme, notre société post-coloniale a toujours installé les conditions propices à la formation fermée des communautés en vue de les rendre invisibles. La France a toujours procédé selon une logique culturaliste pour ranger les ethnies entre elles, ce qui n’a pas manqué de produire une ghettoïsation et d’empêcher la mixité culturelle. Comme un comble, elle conteste dans le même mouvement que ces populations cloisonnées s’ancrent dans leurs cultures respectives et ne s’assimilent pas. Une vraie psychose travaille dans cette injonction paradoxale (demeurer sagement cloisonné dans les structures de la ségrégation et s’assimiler), et rend les Français d’autres souches en permanence étrangers à eux même.
Eric et Didier Fassin recoupent les dimensions sociale et raciale et s’interrogent sur « comment articuler, plutôt que d’opposer, question sociale et question raciale ? » en constatant l’émergence d’une «question raciale» et plus seulement «raciste» ou «immigrée», qui croise la «question sociale» sans s’y réduire »(11).

Avant de plus creuser notre thématique, éclairons ce que blanchitude et blanchité signifient. Si l’on peut penser que ces termes ressortent aussi de l’ethnicisation, faut il préciser qu’ils se sont forgés comme réplique à la négritude. En nommant la négritude, est désigné un cadre de pensée et « … l’ensemble des valeurs de civilisation du monde noir, telles qu’elles s’expriment dans la vie et l’œuvre des noirs », selon les mots de Léopold Sedar Senghor(12).
En nommant la blanchitude nous désignons un cadre de pensée qui contient les valeurs de civilisation du monde blanc telles qu’elles s’expriment, pour paraphraser Léopold Sedar Senghor.  Ces valeurs  convergent vers la stabilisation et la récupération en tous lieux de la domination eurocentrée ; à ces fins elles tiennent la préexcellence blanche pour postulat.
Au sommet des valeurs Françaises, l’Universalisme nous est toujours présenté comme une orientation vers l’égalité entre tous qui définirait une conception de l’Homme. Or, ce « modèle » égalitariste a prouvé depuis le 18ème s. qu’il sert la domination hégémonique d’une idéologie dans laquelle siège le monopole de la raison. Matrice des valeurs de la république considérées comme étant universelles, l’Universalisme n’est que la standardisation d’un modèle culturel érigé en dogme dans lequel les singularités n’ont aucune place. Le rationalisme Français s’est auto-dressé au rang d’Universel dans le dessein de détruire toutes les formes de pensées non occidentales. L’universalisme a servi en tous temps et en tous lieux dans le Monde la justification des conquêtes et de l’impérialisme, conduisant à l’application de la domination Française et au génocide colonial.  Au pays des Lumières, la xénophobie a été institutionnalisée, depuis la fin du 19ème s., avec des dispositifs mis en œuvre dans les colonies, qui ont été transférés dans l’hexagone après les indépendances et la départementalisation des territoires d’Outre-mer.
Dans la blanchitude, les politiques de la colonisation et de la néo-colonisation trouvent toujours des justifications intellectuelles, comme est entretenue toute une politique négationniste en matière de mémoire collective du fait esclavagiste et colonial, dans le but d’entretenir l’inconscience collective.

Si la blanchité est composée très majoritairement par des blancs, des noirs ne manquent pas d’y adhérer. Comme jadis l’alliance avec le blanc était pourvoyeuse de gains (ainsi par ce phénomène de collaboration institué et instrumentalisé par les blancs, des noirs se firent suppôts du maître), ces blandices de l’alliance fonctionne encore dans notre société avec leur jeu de rétributions symboliques et matérielles. Fut-ce au prix de l’assimilation sociale grande dévoreuse de cultures vernaculaires, cela offre au dominé une sortie de sa condition, et une augmentation de sa subjectivation dans le champ des rapports sociaux. Faut il ajouter qu’en situation d’oppression l’individu se rapproche de l’oppresseur et non pas de l’opprimé, par effet de subjugation et d’emprise psychique.

Il s’agit pour nous de substituer sans relâche au rapport blanc/noir un autre rapport : le rapport colonisé/décolonisé, qui rompt avec la race et situe l’antagonisme là où il sévit, c’est à dire dans le champ de la culture et non pas dans celui de la nature.
Parler de rapport colonisé/décolonisé et non plus de rapport blanc/noir n’est pas une banale commutation qui ménagerait la forme. Cette substitution répond à l’impératif de requalifier ce rapport en assurant son pressant transfert de la nature (blanc/noir) à la culture (colonisé/décolonisé).  Elle évince le contenu essentialiste lié à la couleur qui n’est ni conceptuel ni opérationnel pour analyser la réalité de l’homme, et réorganise des schèmes de pensées en les dégageant d’ethnicisation. Si cette requalification sait nous débarrasser des nuisances plombantes et des lésions du colorisme et du racisme, elle sait aussi dissoudre la division sociale franco-française entre blancs et non-blancs.  Elle rompt des logiques sociales qui participent de l’accréditation des blancs et du discrédit des noirs.
Parler de rapport colonisé/décolonisé avère d’autre part le rapport de force inhérent à la formation des groupes sociaux, tel qu’il s’actualise dans  la présente lutte des places dans le champ mémoriel.

Le racisme antiblanc procède d’un vrai délire obsidional tout comme l’argument du communautarisme, depuis plusieurs années déjà, qui progresse dans une phobie de l’étranger-phagocyte notamment quand il est « de couleur ».
Cette imposture du racisme anti-blanc s’allie avec la supériorité blanche, conditionnée par l’infériorisation des noirs et une paix sociale acquise par procédé de castration. Son projet tient en effet à ce que l’homme noir incorpore le racisme dont il est l’objet jusqu’à ce qu’il se résigne en taisant toute révolte, et dans ce souci de conservation de la blanchitude, passe une véritable attente implicite de la transsubstantation de l’homme noir.
En somme, l’homme noir est mis en demeure d’intérioriser son oppression et son infériorité pour se monter socialement et culturellement adapté. Le racisme antiblanc réactive de la sorte une violence coloniale comme à cette fin, il participe à l’élimination de tout appareil d’émancipation et d’égalité de l’homme noir.
Chez l’homme noir ainsi privé d’expression et de posture légitime, le procédé de castration symbolique se mettra en œuvre et n’omettra pas d’embrayer tout le comportement de soumission à l’autorité attendu là où l’espace vital accordé sera réduit au champ de la névrose ou de la schizophrénie.
Cette soumission à l’autorité ne tarde jamais à installer son mouvement chez l’homme noir qui est alors mis en demeure de prouver sa capacité à dépasser l’infériorité qui lui est prêtée. Il est alors touché au cœur même de sa subjectivité. Stanley Milgram a démontré que ce processus de soumission à l’autorité s’engrène notamment quand elle induit des actions qui posent des problèmes de conscience au sujet.
Le racisme antiblanc encourage toute une stratégie du renoncement chez l’homme noir propre à le rendre actif de sa désapropriation et de la perte de son Moi. Mais comme le sujet ne disparaît jamais complètement, la faille psychique l’attend fermement dans les lieux du symptôme. Ainsi le racisme antiblanc se présente comme un « effort pour rendre l’autre fou » pour reprendre la formulation d’Harold Searles, montrant ce procédé d’inversion de l’économie du sujet qui fait passer pour actif de la folie le sujet affecté, alors qu’il en est l’élément passif face à cet autre (personne ou entourage) qui en est le réel élément actif, soit le sujet affectant.

Dans un cadre où l’homme noir est toujours tenu à distance par la blanchité qui colle les peaux aux corps, le racisme antiblanc paraît ainsi comme étant encore bien plus que la transgression des normes  définissant le racisme.
Étayé sur les confusions et la conversion de l’objet-racisme avec leur cortège d’injonctions paradoxales, il fait passer l’oppresseur pour l’oppressé et l’oppressé pour l’oppresseur dans un environnement qui cultive le déni de réalité.
Didier Fassin a bien constaté ce déni dont il donne une analyse exhaustive dès 2006 , et relève par exemple l’instrumentalisation de l’égalité des chances à cet effet.
« Ainsi, à peine reconnues officiellement, les discriminations raciales se voient-elles écartées de l’espace public : avec le discours sur l’égalité des chances, c’est la réalité des discriminations qui s’estompe ; avec l’institution de dispositifs indifférenciés, c’est leur caractère racial que l’on gomme (…) Ainsi est-on passé en une décennie d’un déni – la réalité était représentée mais non interprétée et les discriminations raciales demeuraient absentes du débat public – à une dénégation – la réalité est énoncée mais pour pouvoir être mieux écartée et les discriminations raciales désormais nommées font l’objet d’une euphémisation. (13)
Il démontre encore que plus les faits sont au centre du racisme, plus ils s’abîment dans le gouffre du déni  par la majorité blanche.
« Pour les victimes de discriminations raciales, les enjeux de la mise à distance de ces faits sont bien différents. C’est parmi elles que l’on trouve les manifestations les plus pures du déni de réalité. On ne saurait s’en étonner si l’on considère que cette forme de rejet concerne les événements les plus douloureux, ceux qu’il serait le plus coûteux de reconnaître. » (14)

Dans sa phobie de l’étranger-phagocyte, la blanchité est confrontée à l’angoisse de perdre les avantages procurés par sa posture proactive en matière de souveraineté. C’est alors qu’en son sein  des comportements réactionnels archaïques s’activent à partir de son mécanisme de défense névrotique qu’est le déni de réalité du racisme ordinaire et structurel.
La défense primaire
Le racisme antiblanc est  un moyen simpliste pour ceux qui se revendiquent de la blanchité de se défendre a priori d’être racistes, en montrant qu’ils sont victimes de racisme. Ils se défendent d’être racistes alors qu’alléguer un racisme antiblanc revient à inférer que le vécu et la position sociale des noirs égalent ceux des blancs. Mais réfuter la discrimination des noirs est porteur de discrimination, en ce que cela équivaut à réfuter leur condition de victime de toutes leurs inégalités avec les blancs. Ce simplisme, grand fourvoyeur de vérité comme tous les simplismes, est redoutable pour constituer le socle sur lequel se façonne le racisme.
La conversion de l’objet
Le racisme anti-blanc qui trouve actuellement un bien-fondé dans le politiquement correct, est une expression  qui,  reprise ici de mon précédent article, « manifeste bien plus la pression sociale vécue par certains Français de souche face à une diversité française qu’ils ne supportent pas, que leur objective oppression sociale par cette diversité là. Ce système d’attaque/défense, inhérent au modèle de l’homme blanc conçu dans l’excellence, n’est pas sans traduire une inversion de la pensée en l’absence d’un réel racisme inversé ».
La projection
La projection consiste à attribuer à autrui ses propres motifs, idées ou émotions. Tout comme avec l’argument du communautarisme, le racisme antiblanc ne s’est pas élaboré sans que joue un mécanisme de  projection qui fait attribuer aux noirs une centration sur leur condition sociale, alors que cette autocentration est bien à rapporter au culte de la souveraineté dans la blanchité.
Tandis que le racisme antiblanc est une fiction mise en œuvre par la blanchité dans un but d’auto-conservation, c’est à ceux qu’elle domine par la division raciale qu’elle attribue un comportement raciste. Mais celle ci régnant, point de propriétés communautaristes lui sont prêtées puisque ethnie dominante, elle ordonne à elle seule le monde.
L’hétéro-attribution
Depuis quelques temps dés que nous bousculons l’eurocentrisme ou la blanchitude, nous nous trouvons taxés d’être raciste antiblanc, dans une France où désormais l’identité républicaine se confond avec  Être Charlie, et cela pour réprouver toute contestation de l’ascendance blanche. Et depuis bien plus longtemps,  un prétendu « communautarisme » vaut d’argument multilatéral dans une forme dégénérée de causalité qui prétend être vraie quelles que soient les situations où se coudoient les paramètres eurocentristes.
Le communautarisme   n’est jamais qu’une locution formée entre le galvaudage et la fiction, pour exprimer plus la résistance des populations « de couleur » à l’assimilation franco-française que cette réalité d’un fonctionnement afrocentré fermé sur sa communauté à laquelle on cherche à nous faire croire. Le communautarisme devenu éculé, la blanchitude se dote maintenant d’un nouveau cheval de bataille avec la production du prétendu racisme antiblanc.
Elle trouve là de quoi se rénover comme de quoi raviver sa rhétorique au sujet de l’identité blanche. Elle y trouve le moyen de réprimer la contestation qui s’élève contre la blanchitude, dans cette stratégie de renoncement propre à faire progresser la norme d’internalité de l’infériorité noire (que nous avons examiné plus haut), en créant de nouveaux clichés.

La couleur blanche n’est pas un indicateur de la blanchitude comme nous l’avons dit, et des blancs savent se souder indéfectiblement à la condition des noirs qu’ils créditent du statut de victime du racisme ordinaire. Faut-il que l’homme blanc saisisse les réalités raciales envers lesquelles sa couleur l’immunise lui, dans un monde où le tissu social est structuré par la distinction ethnique. Il pourra alors s’ouvrir à l’altérité de l’homme noir, qui demeure toujours moins considéré comme individué que comme membre d’un groupe ethnicisé. Si l’homme blanc prend conscience de sa part d’activation à la clôture de ce groupe sur lui-même, il saura alors la rompre. L’homme blanc pourra prendre en considération les faveurs de sa position sociale, qui l’abritent -lui- de tout dommage racialisé. Car être blanc signifie être cuirassé d’une couleur de peau qui à elle seule défend des inégalités, des épreuves et des dépossessions liées à la différence.
Quand le dosage mélanique suffit à cet homme là pour être protégé de l’intolérance et de l’ostracisme, sa réticence à attester des bénéfices qu’il retire de cette protection, et cela dans la totalité des champs sociaux, est arriérée, impitoyable et barbare.
Comme si cette dénégation courante ne suffit pas, les actes arrogants s’y ajoutent trop souvent dans l’ordinaire non sans permettre à l’homme blanc, comme un comble de l’excès, de consolider sa position de supériorité et d’ascendance en toute licence. Ainsi dans ce bouillonnement attentatoire à la liberté, l’égalité et la fraternité, la blanchité trouve son équilibrage social en se sustentant de ses passages à l’acte envers l’homme noir.
Ainsi, le 23 juillet 2015, le Comité des droits de l’homme de l’ONU a rendu ses recommandations concernant la France. « Le comité a notamment estimé qu’il  n’y a actuellement en France pas assez de contrôle sur la manière dont les forces de l’ordre font usage de la force, ce qui accroît les risques de violences policières et alimente un climat d’impunité. La dignité des personnes détenues, qu’il s’agisse de nationaux ou de migrants, en métropole et plus gravement encore en Outre-Mer fait l’objet d’une vigilance particulière du  Comité. » (15)

Même si le racisme se mesure à ce que la présence des noirs est un sujet idéologique, le racisme ne procède pas que d’une idéologie mais aussi des rapports de force qui forment les groupes sociaux, ce qui lui confère une dimension collective. Le racisme, le vrai sommes nous tentés de dire, agit en amont et en aval de sa composition ordinaire ou structurelle, et le constat présent relève une tendance prononcée à se décomplexer.
Mais avant de procéder à ce développement, la problématique du racisme antiblanc demande à s’attarder sur un bref exposé de la négrophobie, sans verser dans une digression de notre thématique,  pour comprendre là où le racisme bat et comment la blanchitude s’impose dans les rapports de force sociaux qu’elle initie.
Dès l’enfance, les Français d’autres souches cumulent les expériences du stigmate, et cela au sein des institutions républicaines. Béatrice Mabilon-Bonfils et l’historien François Durpaire dans leur livre Fatima moins bien notée que Marianne, constatent l’absence de mixité sociale dans les écoles où de plus les enfants aux noms sonnant l’immigration sont moins bien notés et plus punis que les autres. De la sorte, l’Éducation nationale au nom de la laïcité pousse à l ‘exclusion.
Citons encore le Muséum national d’histoire naturelle de Paris qui expose au sein de ses collections dites «ethniques» des morceaux de corps de résistants algériens à la colonisation, crânes, têtes,  une simple oreille, une touffe de cheveux, soit les restes d´indigènes massacrés au temps des colonies Françaises.
Ces deux exemples indiquent une violence d’état qui s’étale dans toute sa majesté et son rayonnement.
La violence est polymorphe, et passe aussi par les brusqueries (dont les attaques à la banane contre Madame Christiane Taubira font exemple), l’agressivité, les déchaînements, les férocités, les hostilités, les outrances, par l’intempérance dans le langage, par la violence psychologique. La xénophobie  dont les non-blancs sont l’objet attisent toutes ces violences, car ils sont transformés en segment social à défaut de leur accorder l’équité. Quelques échantillons méritent d’être restitués ici pour entendre cette violence psychologique qui va :
– du sarcasme et du blasphème, avec une Élisabeth Lévy ténor de la négrophobie, ayant déclaré que la France a organisé le 16.08.2005 « une cérémonie ridiculement compassionnelle » à propos du deuil des martiniquais décédés dans le crash d’avion (16),
– jusqu’à l’estimation justificatrice du colonialisme avec le «  discours de Dakar » de Nicolas Sarkozy,
– en passant par l’inconséquence et le détachement ignorant avec André Vallini, notre secrétaire en charge de la réforme territoriale, qui inscrivit bien la Corse dans le territoire Français mais pas les cinq autres départements d’Outre-mer ; et quand une journaliste lui fit remarquer qu’il avait oublié deux millions de personnes dans la carte de France, celui ci ne voyait toujours pas !Il répondit qu’ils étaient trop loin !
Et puis pour mesurer les ravages de l’assimilation Française et de son universalisme, G. Pau-Langevin est exemplaire :« Par définition ceux qui sont allés chercher les esclaves en Afrique pour travailler dans les exploitations ne voulaient pas les exterminer, ils voulaient les faire travailler gratuitement ».
Puis les faits divers coutumiers de la violence physique portée à la diversité Française, dont celui-ci le 14 juillet 2015, côtoie la grande messe républicaine: « tout d’un coup, c’est l’effroi. Amine a à peine le temps de se retourner qu’il est pris pour cible par un des tirs de la police au flashball vraisemblablement à la chasse d’émeutiers. Les émeutiers sont pourtant clairement identifiables et ne se trouvent pas sur le même trottoir que le groupe de familles et d’enfants (…) Comment un petit enfant sortant de la Mosquée portant une djellaba blanche bien distincte peut-il être pris pour cible par les balles des policiers placés en hauteur ? Comment un petit agonisant peut-il être laissé à terre sans réaction par les forces de l’ordre malgré des appels à l’aide répétés ? (17)». Amine risque l’amputation d’un membre. De tels faits sont réguliers parce que les politiques sociales Françaises y conduisent, non sans faire l’impunité  accordée à ses acteurs sociaux.

Pour toutes ces raisons qui nous replacent dans une organisation sociale viciée, le racisme et le suprémacisme de la blanchitude sont pourvoyeurs d’anomie, à laquelle toutes les violences jusqu’à la violence d’état se ressourcent. Car comme l’exprime Nelson Mandela  on ne naît pas raciste, on le devient :
« Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de son passé, ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, on peut aussi leur enseigner à aimer, car l’amour naît plus naturellement dans le cœur de l’homme que son contraire.»
Et quand les pâtisseries exposent sans scrupules des gâteaux nommés des « têtes de nègre », les noirs sont sommés de s’emparer de l’humour blanc pour les digérer en oubliant que leurs ascendants eurent la tête coupée et exhibée au bout d’un bâton par les colons blancs. Si une pâtisserie tenue par des noirs exposaient des « têtes de blancs », l’information aurait bien occupée le JT de 20 heures pour dénoncer la propagation du racisme antiblanc sur fond de cannibalisme… De même si une boutique tenue par des blancs avait subit ce qu’a subit la Boutique Colorful Black (voir photo précédente), ou encore Anmary Théophile qui implantée à Locmaria, proche de Qimper ferme en janvier 2016 son commerce suite à des actes de vandalisme et à des scènes d’insultes racistes.

Mais quand un juif soit un blanc subit une agression, aussi condamnable soit elle, l’information occupe pendant trois jours les médias mainstream, suivie d’interventions qui, au nom de la République, prônent l’affectation de signes communautaires, déclarent leur ostentation licite, encouragent à ne pas céder. Puis quand nous faisons valoir ces inégalités de traitement, toute la blanchité nous accuse de hiérarchiser la victime dans la mémoire collective au moyen de la victimisation. Ce commentaire en fournit l’illustration  :
« C’est que sans s’en rendre compte Cathy Liminana-Dembélé participe des préjugés voire du racisme qu’elle prétend dénoncer, en essentialisant le nègre et en dressant de ce dernier le portrait larmoyant d’un souffre-douleur perpétuel »(18)
Il éclaire encore remarquablement comment intellect, érudition et crédibilité sont systématiquement conférés aux propriétés des blancs et à leur capital symbolique, par la même internaute:
« Mais au-delà de ce point, c’est l’article dans son ensemble qui relève d’un « romantisme mélanique », tendant à faire passer le nègre dans sa globalité pour une victime absolue, le tout émaillé cependant de citations de références blanches (Bachelard, Canivez, Schmitt) pour faire savant donc crédible. » (19)

Loin de Jean Genet, qui dans Les Nègres posait la question fondamentale: « Au fait, un noir c’est de quelle couleur ? », être blanc réactive aujourd’hui la perception de la couleur et du prestige qui l’enlace en suggérant qu’elle est toujours celle de l’avant-garde et d’un avenir assuré.
L’individu qui n’ignore pas cette règle sociale voulant que l’on connaît des bénéfices sociaux changeants selon la place occupée au sein des groupes sociaux, est par là exhorté à devenir blanc. Car dans notre société post-coloniale, si la couleur blanche ouvre les portes des rapports sociaux, l’accès à l’émancipation et  aux étages de la promotion sociale, la couleur noire les ferme a priori. Le racisme qui survit au post-colonialisme doit se comprendre comme un système multidimensionnel mordicant et corrupteur, en ce qu’il procède à une répartition inégale des ressources sociales entre les groupes ethniques, répartition assurée par le groupe dominant sur le groupe dominé.
Il pervertit de la sorte les liens sociaux qui procèdent de la répartition des biens communs matériels et immatériels, et alors les loyautés sur lesquels ces liens devraient reposer se dilatent.
Ainsi tel que le racisme anti-blanc l’a montré des glissements de sens commencent par opérer quand la loyauté s’échappe, avant que ne s’ensuive la duperie.  Quand parler de Français de souche devient du racisme anti-blanc ou quand  « Sale blanc est, comme sale noir, une insulte raciste, pas une insulte sexiste ! » (20), ce sont  des inclinaisons captieuses qui s’affichent au moyen d’un objet ne recouvrant aucune réalité biologique, sociologique ou même juridique.
La victime post-colonisée elle, membre des minorités invisibles, genre succédané des races inférieures du passé, appartient à un groupe social déterminé par des pratiques d’exclusion racialisées, et surdéterminé par les oppressions sociales, politiques, juridiques, économiques, et en conséquence psychologiques, exercées par le processus de domination eurocentrée, et cela de façon quotidienne. De la sorte, la victime post-colonisée est sans cesse en position de devoir se débattre dans un système particulièrement désadaptatif. Faut il souligner que cette victime là existe au croisement des rapports ethniques, de genre et de classe.
Elle doit combattre la dévalorisation ambiante, les inégalités dans les espaces sociaux du travail, de l’éducation, du logement, de la santé, des loisirs, les inégalités économiques et les inégalités dans l’occupation de l’espace et de la vie publiques. Elle doit se défendre contre toutes les violences sociales générées par ces discriminations, cornaquées par les préjugés et les stéréotypes ethnicisés, qui constituent autant de passages à l’acte de la blanchitude. L’acuité des violences policières en témoigne ; elles expriment à elles seules la forte tolérance dans notre société de la suprématie blanche, plus que du racisme qui peut être juridiquement condamné.
L’homme noir est une victime, dont les stigmates sont inscrites au couteau des représentations sociales dignes des pires archaïsmes coloniaux, comme en témoignent toujours entre autres signes, des dessins (produits par des gauchistes!) où les noirs sont associés à des singes ou à des esclaves, comme dans Charlie Hebdo à titre d’exemple, et chez qui  le nez épaté, une bouche exagérément arrondie aux lèvres rouges, un teint cirage noir ou des yeux ronds dominent.
La blanchitude campe dans cette obscurité des Lumières qu’a si bien exposé Louis Sala-Molins (21), au regard de tant de ses manifestations actuelles qui côtoient Voltaire: « C’est une grande question, écrit-il encore, parmi [les noirs] s’ils sont descendus du singe ou si les singes sont venus d’eux. Nos sages ont dit que l’homme est l’image de Dieu. Voilà une plaisante image de l’Être éternel qu’un nez noir épaté, avec peu ou point d’intelligence ! » Dictionnaire philosophique-

in http://www.halalbook.fr/actufiche-15-1905.html?Taubira-caricatur%C3%A9e-en-singe-par-Charlie-Hebdo-au-nom-de-la-libert%C3%A9-d%E2%80%99expression

in http://africanlinks.net/2015/01/14/focus-14-le-dessin-de-presse-de-charlie-hebdo/

in http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://data.over-blog-kiwi.com/0/56/49/64/20140219/ob_59753b_enfant-noir-en-creuse.jpg&imgrefurl=http://reiss.over-blog.com/2014/02/enfants-noirs-en-creuse.html&h=810&w=1200&tbnid=WT3f4swGNmp9sM:&tbnh=116&tbnw=172&docid=Jdl7MWiM3xrofM&client=ubuntu&usg=__krrFZRMf3UYUbPZdaeMLIyBqsew=&sa=X&ved=0ahUKEwit04fs4c7KAhWFthoKHYBDAUQQ9QEIJDAB

Continuons dans l’interpénétration des signes et des sens avec le langage puisque, selon J. Lacan, les discours indiquent des types de liens sociaux qui établissent leur ordre au moyen du langage pour ensuite disposer les jouissances. La sémantique dégagée par les dessins examinés ou par les mots (que nous examinerons ensuite), converge vers une insuffisance de l’homme noir qui, disposant intrinsèquement à la subordination, induit une relation causale de son infériorité à l’excellence blanche … Et ce fut précisément cette même relation supposée qui eût établit l’ordre de la servitude sous l’esclavage et la colonisation.

Nous avons vu d’autres occurrences avec la stratégie du renoncement, avec la norme d’internalité de l’infériorité noire et « l’effort pour rendre l’autre fou », qui laissent lire dans la négrophobie une récurrence du rapport maître/esclave dont la blanchité ne se déleste pas, puisque ce rapport  assure le maintien de son omnipotence.
Cet ordre commençant avec l’ordonnancement des corps, nous comprenons que c’est le discours qui nous donne notre corps tel qu’il est perçu, et tel que le sujet peut finir par se l’approprier, avec tous les stéréotypes qui lui sont adjugés par procédés de causalité et de différenciation comme nous l’avons vu.
Le racisme, qui doit s’entendre comme la rémanence de la raciologie scientifique du XIXème s., fait actuellement système comme jadis. En se fondant sur l’identification des traits physiques, il participe comme jadis d’une discrimination édifiée sur des propriétés corporelles et des signes physiques extérieurs. Avec la négrophobie, les noirs sont mis en demeure de toujours démontrer leur légitimité à partir d’un corps qui à lui seul les rend illégitime, dans une société où le sujet est encore réductible à son enveloppe corporelle. Didier Fassin  a forgé le concept de bio-légitimité  pour dire comment le biologique peut devenir l’ultime source de légitimation du politique .

Si le racisme antiblanc trouve une incongruité supplémentaire dans un monde réglé par la survisibilité des blancs et l’invisibilité des noirs (problème de visibilité relevé par d’autres sociologues avant moi), qui forme une dichotomie de l’accomplissement dans la division entre  faiblesse et supériorité, le langage tout exclusif réservé à l’homme noir accentue le fond de cette forme.
Mikhaïl Bakhtine  explique comment le langage procède dans la dynamique sociétale :
« Le mot s’avère, dans la bouche de l’individu, le produit de l’interaction vivante des forces sociales. » (22)
A cela, faut il ajouter que nous sommes dans un monde où les mots prennent toujours plus une valeur performative, avec un retentissement sur le développement et la classification des corps comme  des sujets qu’ils enveloppent.
Examinons le mot noirisme ou négrisme, renvoyant à une focalisation sur l’exploitation des noirs et l’aliénation qu’elle entraîne. Faut il constater que ce terme aussi accoté sur une défense projective, précède la production du racisme antiblanc à l’instar du communautarisme.
« Ce texte est à l’évidence un nouveau délire noiriste »(23).
Encore une nouvelle catégorie , le  noirisme, vient réitérer un ordre de la nature alors que pour exprimer le même propos notre vocabulaire a bien celui d’afrocentrisme. Jamais le lexique académique ou populaire n’a produit un terme équivalent à « noiriste » pour les personnes qui travaillent sur d’autres holocaustes que celui de l’esclavage et de la colonisation. Bien au contraire une grande place et toute la révérence qui conviennent, sont accordées à l’antisémitisme sans que jamais personne n’ait décrié un « juifisme » ou un « arménisme », qui serait l’équivalent de noirisme. Il traduit encore cette forte inclinaison actuelle à utiliser la corporéité et la logique des apparences du corps au service de la légitimation de la distinction sociale et raciale.
Jamais le lexique académique ou populaire, n’a produit un terme équivalent à « négroïde » et « négride » pour désigner le phénotype caucasien ou d’autres phénotypes par ailleurs. Nous ne dresserons pas ici la liste de l’ensemble de ces termes dépréciatifs à l’extrême, depuis si longtemps présents dans le lexique français concernant l’homme noir ( nègre  pour un noir, encore nègre pour un travailleur forcé,  mulâtre  soit mulet pour un métis, etc). Nous nous arrêterons à noter que ces termes exclusifs, eu égard leur péjoration, appartiennent à l’ordinaire et l’agencent depuis des siècles. L’ascendance blanche travaille de la sorte à son ajustement en toutes circonstances en banalisant les barbarismes.
Ces termes parlent de toutes ces différences de l’homme noir estampillées comme autant de marques sociales, qui expriment la sous-altérité procédant de la récurrence du sous-être, toujours assignées à l’homme noir dans notre temps actuel.

Sachant que pour cet être parlant qu’est l’homme c’est le langage qui l’introduit dans le monde (J.Lacan), le langage réservé à l’homme noir par la blanchitude le ferme au monde ou autrement dit, l’introduit non pas dans Le Monde mais dans celui de l’exclusion.
Mais la blanchité ignore tout du stigmate noir, des déséquilibres sociaux qu’elle fabrique, tout occupée à reproduire l’ascendance blanche pour jouir de son usufruit dans le plaisir possessif.
Quant aux noirs, exclus, ils sont soupçonnés d’être acteurs de leur exclusion dans une démocratie égalitaire comme d’être responsables de leur acculturation : les noiristes ou négristes particulièrement. La blanchité oublie qu’en France (comme aux Etats-Unis) les noirs sont acculés à lutter encore  pour l’application de leurs droits, contre la discrimination, contre les stéréotypes ethnicisés,  que depuis la départementalisation dans les DOM (Antilles , Guyane, Réunion) ils luttent encore pour l’égalité territoriale, l’égalité de condition sociale et plus d’autonomie.

Loin d’être de simples différences factuelles de traitement entre les blancs et les non-blancs, ces inégalités  sont générées par la reproduction du racisme structurel qui historiquement s’est toujours imposé par la violence et le coup de force. Le racisme ordinaire quant à lui, va se décomplexant toujours plus sur les fondations des archaïsmes coloniaux où trônent les esprits colonisés et/ou colonisateurs  qui  ne voient aucun mal à s’exalter au Champagne Cuvée Code Noir.
Puis l’occasion venant tel que le dessin publié par Charlie Hebdo le relate, le stéréotype du singe élève la représentation sociale de l’immigré, venue des profondeurs de l’esprit colonial. Ces esprits  savent rebondir à bride abattue en le donnant comme plus bouillonnant au dessous de la ceinture qu’au dessus, et ainsi accentuent son ensauvagement. Le corps est toujours saisi comme le lieu de l’anéantissement pour l’homme noir, à la différence des autres discriminations raciales.
« Le racisme colonial aurait investi avant tout la différence physique – en cela, il serait irréductible à la xénophobie, à l’antisémitisme  ou au « racisme de classe » ; de plus, le racisme colonial aurait été purement « négatif », au service d’un projet d’exclusion voire d’extermination; enfin, il aurait nourri un discours explicite et des pratiques manifestes et ne serait pas resté, comme en métropole, marqué du sceau de la dénégation » (24)
Si jamais telles caricatures enveloppaient des blancs, puisqu’en démocratie Française on peut et on doit rire de tout, la bronca du politiquement correct rugirait vite et loin, portée par l’écho des medias. On n’ose tout simplement pas imaginer de telles caricatures de blancs, au pays où les noirs sont des immigrés mais où les blancs sont des expatriés.

Dessin de Riss-Charlie Hebdo-janvier 2016: http://www.20minutes.fr/medias/1767351-20160117-aylan-kurdi-dessin-charlie-hebdo-fait-pleurer-pere-petit-syrien-noye
Tout comme jadis sous l’esclavage des noirs et le colonialisme, ce genre de caricature servit l’implémentation de la raison civilisatrice dans les mentalités, il sert aujourd’hui celle de la raison assimilationniste avec la même sémantique décomplexée.
Mais cette raison de la polarité blanche produit de l’inconsidération, illustrée par les deux exemples suivants. Dans notre temps présent comme jadis, l’animal jouit de plus de valeur et d’attention que l’homme noir destiné à la servitude. En 2015, la chasse d’un lion par un riche touriste souleva une bien plus grande  indignation dans le monde entier que la mort d’une femme noire, due aux coups des policiers pour faute de ne pas avoir mis son clignotant en voiture, et cela dans le même temps et sur les mêmes réseaux sociaux.
Frédéric Régent en donne encore un exemple en déclarant que si dans la société esclavagiste certes les libres de couleur avaient moins de droits que les blancs, malgré l’affranchissement qui aurait du les faire égaux en droit,  il faut quand même considérer que des différences existaient aussi entre les blancs, « en raison de leur naissance, de leur sang, selon les nobles et les non nobles » (25). Si ces différences entre les blancs existaient certes, elles n’avaient rien de comparable avec celles entre blancs et noirs qui entretinrent le système de l’esclavage puis ensuite celui de la colonisation. L’intention manifeste de Frédéric Régent d’édulcorer par ce propos l’intensité des oppositions entre les deux catégories blanche et noire et de la sorte l’holocauste auxquelles elles menèrent, atteste d’une protection de la blanchitude par la diminution de sa faute. Et cette diminution de la faute, loin de toute éthique, développe l’inconsidération portée aux noirs.
Cette inconsidération travaille encore à la faveur d’une polarité blanche qui se dénote toujours comme étant en recherche d’existence et d’approbations licites.

C’est dans la faille entre suprémacisme et racisme que les passages à l’acte négrophobes se développent, et tant que  de nouvelles politiques n’éradiquent pas ni les schèmes néo-colonialistes ni le suprémacisme qui lui est corollaire, le racisme ne trouvera pas de régulation sociale .
Le racisme anti-blanc ne répond qu’au souci de liquider sommairement les problèmes posés sur une scène anthropologique où l’homme noir  est toujours mis en situation de refoulement psychique de sa condition. Et dans cette tragédie du post-colonialisme, la scène de la domination originelle créée par l’impérialisme, que l’histoire reproduit jusqu’à nos jours, l’emporte sur les besoins de l’homme noir. Celui-ci s’en trouve condamné à la fatalité de l’inégalité qui interfère négativement dans le développement psychique et social de l’homme comme dans les élaborations du Soi, du Socius et du Conatus.
Les violences de tous ordres, psychologique et physique, qui frappent les non-blancs procèdent plus  du passage à l’acte que de l’acte raciste, venant d’une opposition ainsi qualifiée par Gérard Noiriel :« Un individu ne peut se sentir «blanc» que par opposition au «noir» ou au «jaune» » (26).
Cette opposition découlant de la dichotomie de l’accomplissement dont nous avons parlé,  agite particulièrement la sphère de l’Ego où nichent les pulsions comme une appétence de la prééminence et de la consécration blanche composée par des luttes d’auto-satisfaction.
Aussi la différenciation blanche ourdie par la biolégitimité convoque le sentiment d’individualité produit par ce processus dynamique qu’est l’Ego. L’Ego pour se saisir et se vivre a besoin d’expériences, qui pour l’individu se sentant blanc, se dirigent vers l’expérience de la perception de la blanchité. Son désir d’existence unaire se traduit en pulsions de possession, qui savent provoquer le rejet et l’indifférence de l’Autre -l’homme de « couleur »- systématiquement vécu comme une menace pour son Soi et donc comme un ennemi. La violence de la blanchité s’explique ici comme celle de la négrophobie qui, pour soulever des attitudes passionnelles de répulsion, se déchaîne par des passages à l’acte dont nous avons donné quelques exemples.
Le passage à l’acte désigne un acte transgressif qui obéit à une impulsivité. Il est commandé par un agir qui se fait impérieux, et qui prend les formes de la brusquerie, de l’agression, de la violence.  L’affirmation et la réitération de la domination blanche se traduisent en actes comme nous l’avons vu, mais encore en actes excités, excessifs, démesurés, et cela de la production langagière jusqu’à la banalisation du meurtre.
Le passage à l’acte obéit aux pulsions, à la préservation du Soi, et dans le cas de la blanchité ou encore cet entre-soi, dans ce que le Soi contient de recherche d’affirmation, de reproduction, de défense du territoire, d’emprise sur le monde.
Le racisme antiblanc, dévoilé ici comme une nouvelle expérience de l’accomplissement de la blanchité au moyen de ses passages à l’acte impulsés par la discrimination raciale, est pour l’homme noir une expérience de sa liquidation sociale. Didier Fassin le confirme :
« L’expérience de la discrimination raciale, c’est l’anéantissement qui résulte de la négation de soi par l’autre. Probablement est-ce en cela qu’elle ne peut se réduire à aucune autre discrimination : parce qu’elle actualise, dans un geste ou un propos, une histoire séculaire d’infériorisation et d’exclusion. On comprend qu’elle puisse faire l’objet d’un déni particulièrement efficace non seulement public mais aussi privé » (27)
La formation de la blanchité ne se suffit pas à elle même, elle éprouve dans sa raison d’être qu’est la conquête des esprits et de la nation, un dessein d’occupation, d’envahissement, de possession, afin d’assujettir une majorité dont la quantité ne lui suffira jamais.
En elle logent tous les excès, qui loin d’être reconnus déviants, sont normés par une société fermentée par le racisme ordinaire, auquel même des militants antiracistes peuvent souscrire parfois quand de négrophobie il s’agit, comme nous l’avons vu. Les passages à l’acte de la blanchité vont d’actes négrophobes individuels à des phénomènes de groupe qui donnent dans la captation et l’emprise des non-blancs pour toujours renouveler leur soumission et en conséquence leur servitude.

Ces passages à l’acte se présentent comme un des symptômes de cette névrose collective qu’est la colonialité, historiquement située dans une violence institutionnelle.
Si dans la société esclavagiste la tyrannie autorisa le régime de toutes les pulsions, notre présente société post-esclavagiste en reproduit inconsciemment quelque chose sous la forme contemporaine de la blanchitude. De l’entretien des représentations sociales de l’homme noir jusqu’aux passages à l’acte contre lui, l’agressivité, la violence et autres brusqueries surgissent comme ce qu’elle sont, c’est-à-dire comme la résultante de la projection de la pulsion de mort sur le mauvais objet.
Et en contexte de société post-esclavagiste, l’homme noir occupera la place du mauvais objet tant qu’il n’aura pas le statut de victime. Un surmoi collectif ne pourra jamais s’élaborer tant que l’homme noir ne sera pas reconnu comme une victime de notre système social. En conséquence, l’agressivité ne pourra pas être contenue par le nécessaire jeu du surmoi, elle ne pourra pas diminuer sous son contrôle, et l’homme noir, victime illégitime, restera le mauvais objet.
Une conscience collective face à la position sociale de l’homme noir comme mauvais objet ne pourra pas s’élaborer, bien que la valorisation de la diversité semble dire son contraire. Car la valorisation de la diversité, si elle introduit à un nouveau regard, ne pose pas de nouveaux codes sociétaux. Elle n’affirme pas les interdits qui réprouvent la violence, les pulsions et les mises en acte dont elles procèdent, elle ne rompt pas avec un contexte psychogène de la toute-puissance qui est celui de la blanchitude.

Les États-Unis, où les violences de toutes sortes abattent toujours les noirs, nous fournissent l’assurance que la valorisation de la diversité et du multiculturalisme ne suffisent pas à éradiquer le mal de la négrophobie.
L’homme noir reste une victime illégitime qui le désigne comme le mauvais objet, et cela même si finissant par s’assimiler, il  souscrit lui aussi à la blanchitude et à ses  asservissements.
Barak Obama et les États-Unis nous en disent quelque chose. Quand les mentalités et les cadres psychiques sont ainsi formatés, leur résistance au changement est telle que leur contenu traversent et disciplinent des générations.
Le racisme antiblanc travaille de la sorte à l’anéantissement de l’homme noir et réinscrit cette finalité dans la continuité historique.

Cathy Liminana Dembélé

1. https://francais.rt.com/france/11837-francais-blancs-souche-justice

2. L’association antiraciste la LICRA  adhère au caractère raciste des agressions tel que Le Monde les qualifia en mars 2015 : « Manifestations de lycéens : le spectre des violences anti-Blancs » .
« Pour la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, il n’y a pas là matière à polémique. Les faits parlent d’eux-mêmes: de jeunes lycéens manifestants dans les rues de Paris ont été agressés en raison de leur appartenance réelle ou supposée à une nation et à une race ». La Licra demande en conséquence aux pouvoirs publics d’engager l’enquête et les poursuites qui s’imposent ». Elle dénonce en outre « avec la plus grande fermeté la cécité répétitive d’organisations qui trouvent de pseudo excuses sociales à des agressions à caractère raciste »   in AFP, 30 mars 2005

3. « Militants du MRAP, nous avons été surpris et choqués de lire dans la motion d’orientation proposée au vote des délégués au Congrès de 2012 une référence au « racisme anti-blanc », thème de propagande de l’extrême-droite. Ce texte était à voter en l’état, sans aucune possibilité d’amendement.
Par la suite, nous avons tenté vainement d’infléchir la ligne politique du MRAP sur cette question. A nos arguments, appuyés par des travaux de chercheurs et militants engagés dans la lutte contre le racisme, la direction du mouvement a opposé avec succès diversions sémantiques et verrouillages d’appareil ».  http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-munier/181014/propos-de-lorientation-adoptee-par-le-mrap-sur-le-racisme-anti-blancs

4. « SOS Racisme n’a jamais pratiqué l’angélisme sur les formes variées de racisme. Nous voulons éduquer les Français, mais aussi les publics issus de l’immigration.[…]La pédagogie antiraciste ne peut supporter le discours de «victimisation », qui encourage les gens à ne défendre que leur communauté. Il faut défendre tout le monde.[…]Nous ne pouvons accepter la notion de racisme anti-blanc parce qu’elle est une thèse défendue depuis longtemps par l’extrême droite64. L’association s’est également positionnée en 2009, dans l’affaire de l’agression d’un passager blanc dans un bus de la RATP par une bande de jeunes noirs et maghrébins (et filmée par une caméra de surveillance). L’association qualifie l’agression de « raciste65 » et la condamne fermement65. » https://fr.wikipedia.org/wiki/SOS_Racisme#Positions_de_SOS_Racisme_vis-.C3.A0-vis_du_racisme_antiblanc

5. Mme Vallaud-Belkacem, Dans « Raison de plus ! », Fayard, 2012, écrit : « … comme s’il y avait de cela pour dénoncer le racisme anti-Blanc dont chacun peut convenir sans mal ni complaisance qu’il existe et qu’il est aussi condamnable et stupide que autre. »

6. https://fr.wikipedia.org/wiki/Racisme_antiblanc

7. Pascal Bruckner dans un article publié par le Nouvel Observateur en 2005,« Et comment ne pas avoir la plus grande méfiance, le plus grand dégoût vis-à-vis de tout mouvement, toute révolte qui proclame son anti-occidentalisme a priori et prend le caractère macabre d’une croisade raciale contre l’homme blanc ? Quand l’ONU inscrira-t-elle l’anti-occidentalisme et le racisme anti-Blancs au rang des crimes contre l’humanité ? »

8. http://www.liberation.fr/debats/2016/01/19/les-discriminations-racistes-existent-et-resistent_1427509
9. http://www.tikreol.re/accuser-de-racisme-pour-masquer-les-privileges-metropolitains/
10. E. Saada  Un racisme de l’expansion. Les discriminations raciales au regard des situations coloniales – in De la question sociale à la question raciale ? sous la direction de Didier Fassin et Eric Fassin – Ed . La Découverte-2006

11.https://www.cairn.info/de-la-question-sociale-a-la-question-raciale–9782707158512.htm
12. Léopold S. Senghor -Qu’est-ce que la négritude? Études françaises, vol. 3, n° 1, 1967, p. 3-20
13. Didier Fassin Du déni à la dénégation. Psychologie politique de la représentation des discriminations  – in De la question sociale à la question raciale ? sous la direction de Didier Fassin et Eric Fassin – Ed . La Découverte-2006
14.ibid. Didier Fassin
15.http://www.acatfrance.fr/communique-de-presse/verdict-du-comite-des-droits-de-lhomme—la-france-nest-pas-le-pays-des-droits-lhomme
16. France culture, le 10 septembre 2005, émission intitulée « Premier pouvoir »
17.http://www.islametinfo.fr/2015/07/17/argenteuil-bavure-amine-ses-amis-et-son-pere-temoignent-exclu-video/
18. Commentateure Chimene, 07/07/2015, Commentaire dans Montray Kreyol suite à l’article: http://www.montraykreyol.org/article/prendre-acte-du-memorial-acte-lhomme-noir-est-nu
… « C’est que sans s’en rendre compte Cathy Liminana-Dembele participe des préjugés voire du racisme qu’elle prétend dénoncer, en essentialisant le nègre et en dressant de ce dernier le portrait larmoyant d’un souffre-douleur perpétuel : « victimes habitées par la souffrance, les Afrodescendants non pas victimes par procuration, mais victimes par transmission de l’anathème de l’homme noir… ». Or si l’esclave nègre est une victime absolue, il en va différemment du nègre dans son entier, dans sa nature. Et comment pourrait-il en être autrement ? Le nègre, tout comme le blanc, ou je ne sais qui d’autre, est capable du meilleur comme du pire. Des pyramides d’Egypte comme du génocide rwandais. Car c’est dans la nature de l’homme d’accomplir prodiges et excès. Enfin, pour en revenir à la Traite, rappelons ce qu’en disait Tidiane N’Diaye : « Il n’y eut pas seulement que les négriers berbères, égyptiens, européens et autres ramassis et écume des nations. La complicité de certains monarques et leurs auxiliaires africains dans ce commerce criminel est une donnée objective. » Et N’Diaye encore de citer cette demande de pardon des évêques africains en octobre 2003 : « Commençons donc par avouer notre part de responsabilité dans la vente et l’achat de l’homme noir, hier et aujourd’hui… Nos pères ont pris part à l’histoire d’ignominie qu’a été celle de la traite et de l’esclavage noir. Ils ont été vendeurs dans l’ignoble traite atlantique et transsaharienne…»

19. ibid.,  Commentateure Chimene,
« Ce texte est à l’évidence un nouveau délire noiriste. L’ethnologue sénégalais Tidiane N’Diaye a montré avec d’autres le rôle déterminant des royautés africaines dans la traite des noirs et donc leur collaboration avec les négriers blancs. Mais au-delà de ce point, c’est l’article dans son ensemble qui relève d’un « romantisme mélanique », tendant à faire passer le nègre dans sa globalité pour une victime absolue, le tout émaillé cependant de citations de références blanches (Bachelard, Canivez, Schmitt) pour faire savant donc crédible. » …

20.Christian Delarue , membre du groupe « cultures et société » d’ATTAC France, Ex membre du bureau exécutif et du conseil d’administration du MRAP http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/060314/le-racisme-anti-blanc-est-aussi-raciste-que-les-autres
21. Louis Sala-Molins Les misères des Lumières, sous la raison l’outrage, Paris, Robert Laffont, 1992

22.Mikhaïl Bakhtine, Le Marxisme et la philosophie du langage. Essai d’application de la méthode sociologique en linguistique, Paris, Éditions de Minuit, 1977 [1929], p. 124.
23 .  op.cit. Commentateure Chimene,

24.  Un racisme de l’expansion. Les discriminations raciales au regard des situations coloniales – Emmanuelle Saada – p.29 – in  De la question sociale à la question raciale ? sous la direction de Didier Fassin et Eric Fassin – Ed . La Découverte-2006

25. http://www.dailymotion.com/video/x2zfo8q_guadeloupe-karukera-le-code-noir_travel
26.http://www.liberation.fr/debats/2015/08/29/un-individu-ne-peut-se-sentir-blanc-que-par-opposition-au-noir-ou-au-jaune_1356908

27. Didier Fassin – op.cit.

 

source : https://blogs.mediapart.fr/edition/memoires-du-colonialisme/article/200416/le-racisme-anti-blanc-une-expression-presente-de-la-domination-euro-centree

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