Le « Praud » de la censure déguisée en débat !

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Concernant le débat on ne peut plus orienté opposant notamment Praud et Rost sur « l’affaire Evra », il nous semble qu’à elle seule cette image de couverture illustre la forme de plus en plus hypocrite qu’emprunte un nouveau type de Racisme sans nom ni visage. Or nous devons comprendre que ce Racisme « New Age » – qui utilise Rost ou d’autres comme caution – n’a rien a envier à celui (certes moins élaboré) d’une Nadine Morano qui, poussée dans ses retranchements, avait sorti le Joker de « l’éternel.le ami.e noir.e » (encore « plus noir.e qu’un.e arabe »).
 
C’est donc ce Racisme nouvelle génération qu’il va absolument nous falloir apprendre à décrypter. Seulement force est de constater que cette idéologie, ayant servi à justifier les plus grand crimes contre l’humanité, est d’autant plus dangereuse aujourd’hui qu’elle est invisible, dès lors où elle évolue lâchement dans l’ombre du pouvoir blanc qui l’a accouché.
 
Autrement dit, ne vous attendez plus à ce que le Racisme franc et bien « dégueu » de papa Colon ou de grand-père Esclavagiste vous traitent franchement de sale nègre, de sale arabe, sale jaune, etc.En effet, il nous faut désormais comprendre que ce Racisme populaire nouvelle génération s’abreuve dans l’intarissable source du racisme structurel qui l’a accouché, après avoir été créé par le tout puissant Racisme d’État qui nous vaut notre statut de racisé.e.s.
 
A la différence de son prédécesseur, détectable à des kilomètres à la ronde, ce Racisme là est beaucoup plus fluide, beaucoup moins « lourdingue ». Sa mutation est pour le moins comparable à celle du Terminator 2, capable d’épouser toute les formes, au point de réussir à se faire passer pour votre meilleure ami.e, votre frère/soeur, votre père/mère, votre chien.ne même, alors que dans les faits il est votre pire ennemi.
 
Donc si vous vous demandez encore pourquoi le Racisme invisible à l’oeil nu, (in)consciemment distillé dans des émissions grand public du type « 20h Foot », est le plus redoutable ; sachez que c’est parce qu’il est depuis longtemps passée maître dans l’art de transformer les cibles du Racisme populaire, structurel et institutionnel en parfait.e.s coupables.
 
Il nous faut donc réaliser que sans une paire de lunettes capable de refléter le prisme d’une pensée radicalement décolonisée, nous demeurerons incapables de lire entre les lignes de cette propagande raciste nouvelle génération. Ce faisant nous resterons conditionné.e.s à confondre ce nouveau mode d’expression servant à dissimuler la réalité raciste qui mine notre quotidien de racisé.e.s, avec la fausse impression que nous marchons désormais sur les rives de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.
 
Vu sous cet angle, il est plus facile de comprendre pourquoi le Racisme « New Age » – qu’il soit Populaire, Structurel ou d’Etat – n’assumera plus de dire comme au bon vieux temps des colonies, soit à visage découvert :
 
« Evra n’est qu’un de ces nègres ingrats qui devrait nous remercier de lui avoir donné l’opportunité de faire figure d’exception qui confirme la règle, en lui permettant de s’élever au-dessus de la mêlée des mal blanchi.e.s avec lesquel.le.s nous aurions dû le laisser croupir. »
 
Non, car ça c’était le mode d’expression directe et frustre du Terminator 1ère génération. S’agissant du Racisme 2ème génération, il est désormais capable de traduire exactement la même pensée nauséabonde avec des termes qui peuvent donner l’impression de sonner juste à notre oreille :
 
« Même si nous comprenons qu’Evra ait pu avoir un coup de sang, il n’y a aucune excuse capable de justifier son acte de « sauvageon », digne des « racailles » qui infestent les cités que nous devrions « nettoyer au Karsher ». Même s’il était énervé (ce que l’on peut comprendre), il aurait dû garder en tête qu’il fait, malgré lui, figure d’exemple pour des millions de gens qui lui ressemblent et à qui il se doit de montrer la seule voie à suivre. »
 
Comprenez par là que, pour avoir ne serait-ce qu’une chance de réussir dans ce monde de blanc.he.s, il ne faut jamais se rebeller et encore moins mordre la main (blanche) de celui qui nous nourrit, fut-il votre oppresseur.
 
Ainsi sont sorties du ventre de la même idéologie raciste, qui ne s’avoue plus comme telle, des expressions/concepts tels que « compétition victimaire », « concurrence mémorielle », « victimisation », etc. Eux tous accouchés dans les laboratoires d’idées (reçues) mis au service de la propagande chargée de nous maintenir à cette place d’éternels subalternes. Ce qui ne va pas sans rappeler que ces notions servant stratégiquement à asseoir la pensée dominante-écrasante, arme « idéologiquement » tou.te.s celles et ceux que cette gigantesque « fabrique du consentement » a tactiquement dépouillé de leur libre-arbitre pour qu’ils suivent aveuglément la direction imposé par ce pouvoir blanc.
 
Car bien au delà des apparences égalitaires et bienveillantes qui nous sont ici où là affichées, ces expressions minées par ce Racisme nouvelle génération ne servent à rien d’autre qu’à museler encore plus celles et ceux que ce système a réduit au statut de « sans voix », privé des moyens de pouvoir les réduire légalement à l’état de « bien-meubles ». Comme les livres d’histoire, la télévision, l’industrie du cinéma chargés de relayer un même message de propagande indéfectiblement taillé à la gloire de la suprématie blanche, des notions telles que « compétition victimaire » ou « concurrence mémorielle » ne visent qu’à nous « invisibiliser » et nous bâillonner toujours plus et encore mieux. Et c’est donc ainsi que le « Praud » de la censure déguisée en débat à voulu museler Rost (son ami noir).

Ce qui devrait nous obliger à réaliser que nous sommes ici condamné.e.s à n’être rien d’autres que des figurant.e.s destiné.e.s à donner corps à des histoires (à dormir debout), bien qu’écrites à notre détriment par les criminels-vainqueurs.
 
Un coup de baguette idéologique… un seul… et voilà que les cibles du racisme d’État sont transformées, sans aucune autre forme de procès, en coupable idéal. Recouvert du voile de l’humiliation qui servira à les bâillonner – tel Patrice Evra et Rost – ils seront empêchés de pointer du doigt le système qui les aura placé sous ses blancs projecteurs à la seule condition qu’ils acceptent de trahir leur juste cause.
 
A croire que ce voile idéologique de la honte a remplacé la muselière avec laquelle l’Etat français, accoucheur du Code Noir, privait de droit et de parole les africain.e.s et descendant.e.s d’africain.e.s déporté.e.s pour être réduit en esclavage ? A croire que les chaines en métal sont aujourd’hui mentales ?
 
Ainsi quand dans « 20h Foot » Praud se fait l’apôtre de la censure déguisée en débat, il incarne cette bien intentionnée bien-pensance qui accepte généreusement que les « racisé.e.s » évoquent « la question de classe », mais s’offusque dès que les mêmes s’autorisent à poser « la question de race ». Laquelle éclaire pourtant les tenants du Racisme nouvelle génération, puisqu’elle est à l’origine des crimes de masse qui ont enrichi cette France qui, aujourd’hui, se présente comme une aubaine pour tou.te.s les (ex) colonisé.e.s.
 
Tout cela sachant qu’ici-bas la première question est stratégiquement instrumentalisée de manière à invisibiliser et museler la seconde.
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C’est d’ailleurs en usant et abusant de ce genre de stratagème perfide qu’à partir de 2002 nous sommes collectivement passé.e.s du « bruit et l’odeur » aux statut imposé de portes drapeaux d’une « insécurité » bien plus effrayante que le monstre du Loch Ness. Ce monstre de papier sortie du ventre mou de la rumeur avant d’être exploité, sans modération aucune, par la même propagande qui, aujourd’hui, surfe sur la vague de nos peurs entretenues pour justifier l’abus d’autorité exercé par le pouvoir blanc qui la télécommande. Voici donc comment, en nourrissant de préjugés notre plus bas instinct reptilien, un état (neuro)colonial comme la France est en mesure de transformer son mensonge ou mythe en réalité imposée.
 
Si bien que chaque citoyen français (blanc ou pas) privé des arguments objectifs qui auraient pu lui permettre d’expliquer la crise dans laquelle est en train de s’enliser ce pays, sortira tôt ou tard le joker de l’insécurité (ou de l’un de ces nombreux avatars spécialement créés pour ce genre d’occasion).
Incarnation de ce nouveau prétexte à charge sans fondement, les (ex) colonisés ont bon dos, puisque depuis 2002 au moins on les présume responsables du taux élevé de chômage, de la crise du logement, du réchauffement climatique, de la mort de Lady Di et nul ne sait quoi d’autre encore.
 
Dans le monde du foot, microcosme de la société française, les portes drapeaux de l’insécurité sont ceux que l’on désigne tôt ou tard de « racailles », de « sauvageons » dès qu’ils commettent le moindre petit dérapage. Ils sont ceux à qui, une frange non négligeable de l’opinion publique manipulée, aimerait ôter le maillot bleu de l’équipe de France pour impardonnable crime d’ingratitude. Ils sont malgré eux le reflet de ces « français » noirs ou basanés que les « Praud » de la bien-pensance aimeraient déchoir de leur nationalité, convaincus qu’ils portent en eux les gênes du « terrorisme » qui torpillera leur soi-disante « civilisation » (blanche).
 
Et c’est bien ce que nous rappelle implicitement l’image du King et du Bouffon accolée à cet article. Que la sécurité (comme la Civilisation) a indubitablement la couleur de Cantona, tandis que l’insécurité (comme la sauvagerie) celle d’Evra ou autre Benzema. Raison pour laquelle, idéologiquement, le premier pourra être sanctifié par le Tout puissant Racisme d’Etat qui nous maudit, tandis que le second sera destiné à vivre l’enfer après avoir été jeté en pâture à une opinion publique conditionnée à mépriser tous les gens de son espèce.

Mais comme si un malheur en entrainait un autre, il se trouve que le Praud de « 20h foot » est aussi celui qui arbitre l’émission « L’heure des pros » (de la censure déguisée en débat). Le même qui, alors qu’il traitait le thème du « harcèlement de rue » (autre synonyme de « l’insécurité ») a contribué à détourner notre attention de l’affaire Harvey Weinstein (présumé violeur au série au col bien blanc, la mallette débordant de dollars et géant d’Hollywood). Ce faisant nous avons vu à quel point il pouvait être expert dans l’art d’user et d’abuser de son rôle d’arbitre (initialement neutre) pour imposer une injonction, déguisée en objection, à peu prêt en ces termes :

Soutenir que le monde Occidental n’a pas le même rapport à la femme que certaines autres sociétés, on peut quand même s’autoriser à le dire (sans être taxé de raciste) ?*

Ce qu’aucun des protagonistes en présence n’a juger bon de reprendre, sous-entendant que cette réalité était somme toute incontestable.

Or ce propos habilement travesti en réflexion philosophique ne peut être apprécier en dehors d’un prisme esclavagiste et colonial qui lui retire toute neutralité, ceci toujours au profit de la suprématie blanche.

D’autant que des personnalités politiques françaises de haut vol, récentes et passées, ont par ailleurs prétendues que la colonisation était un mal, certes, mais sans lequel les populations (non-blanches) n’auraient jamais pu goûter aux avantages de la civilisation (blanche). Autrement dit, dans le même ordre d’idée, les « Praud » de la bien-pensance auraient tout aussi bien pu incarner cette autre pensée :

Soutenir que les noirs n’ont pas le même rapport à la civilisation que l’Occident, on peut quand même s’autoriser à le dire (sans être taxer de raciste) ?

Or considérer ce genre d’acception en occultant (in)volontairement le fait que l’Occident en général – et la France en particulier – place idéologiquement les « blanc.he.s » tout en haut de l’échelle des races et des classes, tandis que les « noir.e.s » tout en bas, nous interdit d’en saisir la véritable portée.

Autrement dit cette question ne peut en aucun cas faire abstraction du prisme esclavagiste colonial, néocolonial, voire neurocolonial qui conditionne fortement notre perception du monde présent.

Ce qui laisse entendre que notre cerveau est pré formaté à concevoir la réalité selon un ordre des choses qui privilégie toujours les mêmes, en leur donnant le rôle de gentils/de bons, tandis que nous autres sommes traditionnellement destiné.e.s à endosser les rôles de méchants et de sauvages. Or le passé esclavagiste et coloniale qui fonde la France d’aujourd’hui (ainsi que son football) ne nous autorise pas à aborder la question plus que tendancieuse posée par M. Praud d’une manière neutre. Car ce serait ignorer que notre consentement est constamment en proie à une véritable dictature de la pensée organisée par les forgeurs d’opinion dont il fait parti. Tout ceci sachant que ces derniers ne servent, (in)consciemment, rien d’autre que les intérêts des démocraties dissimulant les dictatures les plus efficaces.


Car si les mass-médias au service de ce pouvoir blanc sont plus prompt à pardonner à Cantona** d’avoir accompli le même geste qu’Evra, pourquoi semble-t-il à ce point incapable d’en faire de même pour ce dernier ?

Pour conclure, et sans jamais l’accuser de quoi que ce soit, il serait bon que monsieur Praud prenne une fois pour toute conscience qu’il n’y a rien de plus dangereux qu’un raciste qui s’ignore. Car il devient le relai (in)conscient du racisme structurel qui nous cible quotidiennement. Mais s’il lui est à ce point insupportable de nous entendre évoquer « la question de race » complémentairement à « la question de classe », c’est peut-être justement parce qu’il fait parti du camp des privilégié.e.s qui n’ont pas à subir le Racisme que nous subissons.
 
Le fait qu’il y ait, dans son émission « 20h foot », d’un côté celui qui s’offusque seul des effets du Racisme, et de l’autre ceux qui ne voient pas du tout le rapport, nous incite à considérer autrement la célèbre citation de Shakespeare :
 
Être ou ne pas être (blanc.he), là est la question ?
 
Par ailleurs nous demandons M. Praud qu’à l’avenir il fasse l’effort de ne plus utiliser Rost ou l’un.e des notres comme caution servant juste à prouver ses prétendues bonnes intentions. Pour cela nous lui souhaitons de trouver un jour le courage d’avoir confiance en ses seules arguments pour plaider sa cause, au lieu de compter sur ce genre de grossier alibi. Car malgré les empathiques apparences que lui et d’autres se plaisent à afficher, il faut qu’ils sachent qu’une fois affublé.e.s de nos lunettes décoloniales nous lisons en eux comme dans un livre ouvert.
 
Le Pacificateur pour la #BrigadeAntiNégrophobie (B.A.N Page Officielle)
 
 
* Ayant vu l’émission en direct il me semble que M. Praud avait évoqué deux fois ce postulat, dont une fois en s’opposant à Marie Serviti qui avait tenté d’apporter une nuance au débat. Or, de mémoire, cette partie ne me semble pas apparaître dans la version que la chaîne fait tourner sur le net depuis le 18/10/2017. Si mes souvenirs s’avéraient fondés il serait intéressant d’entendre cette autre intervention qui m’était apparue encore plus tendancieuse.
 
** Bien que l’illustration utilise Eric Cantona et Patrice Evra comme cas d’école, cet écrit ne vise pas à personnaliser le débat. Nous en profitons donc pour souligner que nous n’avons pour l’heure strictement aucun grief contre M. Cantona. Ceci d’autant plus qu’il y a une dizaine d’années ce dernier avait été curieux d’entendre en direct les revendications de notre groupe sur le plateau du grand journal de Canal+ tandis que ces animateurs cherchaient là aussi à nous censurer. Aujourd’hui toutes les images concernant cette prise de parole ont été effacé de la mémoire d’internet, mais nous faisions déjà état du Racisme viscéral qui défigure la société française. Ce qui n’aurait certainement pas manqué de rendre encore plus hystérique M. Praud.

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