QUAND LA SCIENCE FICTION SOULEVE LA QUESTION DE LA « RACE » : De Malcom X à X-men ?

 

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Et si James Cameron, Luc Besson, Stan Lee, Jack Kirby… n’étaient autres que des Esope en puissance ?

Oh là, Oh là… j’en vois déjà venir. Du calme !

Esope n’est pas une insulte, loin de là !

Mais pour éviter de nourrir le moindre malentendu, peut-être aurait il été préférable  que je compare ces réalisateurs à Jean de la Fontaine, ce célèbre poète du XVIIème siècle que beaucoup pensent être le père de la Fable ? Pour autant cela aurait-il été honnête, sachant que ce dernier a copieusement plagié Esope ? Reste maintenant à savoir pourquoi le courant d’une certaine pensée dominante, méthodiquement sculptée à la gloire de la suprématie blanche, aime à taire l’existence du premier pour s’assurer que l’on ne retienne que le nom du second ? 

D’autant que lorsqu’il a écrit les vers qui vont suivre, La fontaine ne semble avoir point de mal à vanter le génie de son père spirituel :

« Je chante les héros dont Esope est le père,
Troupe de qui l’histoire, encore que mensongère,
contient des vérités qui servent de leçons »

Tient… mais pourquoi nous parle-t-il ici « d’histoire mensongère », alors qu’il est mondialement connu pour être l’auteur de la célèbre fable intitulée « Le corbeau et le renard » ?  

Cela dit, il m’importerait de savoir comment chacun.e se représenterait Esope compte tenu du miroir que nous impose une Histoire habituée à faire rimer Grèce avec blanche Hélène ?*

Probablement comme un grand blanc aux yeux bleus coiffé de soyeux cheveux blonds légèrement ondulés  ? Le tout porté par un corps d’athlète apollinien, drapé d’une magnifique toge blanche laissant apparaître ses bras et ses mollets saillants et musclés ?

Sauf que « parmi les numismatiques, il est chose reçue maintenant, que la tête de nègre qui se voit sur les médailles des Delphiens est la tête d’Esope, dont le biographe grec fait ce portrait :

Il avait le nez épaté, les lèvres fort avancées, il était noir, et de là vient son nom, qui signifie Ethiopien. ».

Et bien que la chronologie des faits historiques, attribue à Esope la paternité de la fable comme genre littéraire, il est suspect de voir que les livres accouchés par un certain « pouvoir blanc » préfèrent malhonnêtement retenir le nom de Jean de la Fontaine, le « Blanc », plutôt que celui d’Esope, le « Noir ». Comme si une force sortie du brouillard cherchait à javelliser certaines pages de l’Histoire pour les empêcher de contredire la version officielle colportée par une propagande aussi raciste que tendancieuse ?

Mais trêve de balivernes ! Car ce qui nous intéresse ici n’est pas fondamentalement cela, mais plutôt le fait que le célèbre fabuliste De La Fontaine est mondialement connu pour avoir utilisé une figure de style l’autorisant à critiquer le pouvoir de son époque sous une forme métaphorique.

Or cette manière qu’il avait de maquiller son analyse pour la rendre moins crue n’est autre que : 

- l’anthropomorphisme.

Mais que signifie ce mot à l’accent quelque peu savant ?

L’anthropomorphisme peut être considéré comme « l’attribution de caractéristiques du comportement ou de la morphologie humaine à d’autres entités comme des dieux, des animaux, des objets, des phénomènes, voire des idées. » 

S’il ne viendrait à l’esprit de quiconque de remettre en cause le fait que l’anthropomorphisme constituait bien la colonne vertébrale des fables qui ont fait le succès de Jean de La Fontaine, il est possible que beaucoup ignore que cette forme d’expression allégorique lui offrait la possibilité d’improuver « indirectement » le système monarchiste qui régissait la vie sociale de son époque.  Ainsi pour contourner la violence forcenée d’un pouvoir royale qui avait droit de vie et de mort sur ces sujets, il n’était pas rare que De La Fontaine remplace stratégiquement les être humains par des animaux symbolisant à la fois leur rang sociale et leur trait de caractère de manière masquer sa critique acerbes d’une société française qui rimait avec son siècle. Ce faisant il avait pour coutume de conclure ses récits avec une moral qui se voulait plus proche de la sagesse égyptienne (?)* que de la foi chrétienne. Et bien que l’expression ne fut pas encore à la mode, De La Fontaine utilisait son talent pour mettre en lumière la question soulevée par une « justice de classe » implanté au coeur d’un contexte sociale qui ne ne pouvait s’empêcher d »agrandir le fossé séparant les riches et les pauvres.

Dans un tout autre genre – lui aussi teinté d’anthropomorphique –  des œuvres de (sciences) fiction telles que Valérian, Avatar ou X-Men, dressent un portrait allusif du système qui régit notre quotidien. Raison pour laquelle il me plaît de voir en leurs réalisateurs, les (néo)fabulistes de l’an 2000. D’autant que pour faire voyager le grand public dans les couloirs intemporel de leur monde virtuel, ces conteurs d’histoires parallèles n’hésitent pas à transporter son imaginaire à l’aide d’énorme « blockbusters » dépassant la centaine de millions d’euros. Cependant, il est intéressant de constater que si les derniers aiment planter le décor de leur épopée cinématographique dans l’immensité infinie de la galaxie,  « La Fontaine définit son œuvre comme :

Une ample comédie à cent actes divers
Et dont la scène est l’univers« 

Mais bien que pour réaliser la même prouesse que ces successeurs, ce dernier n’eut besoin que de la pointe de sa plume et d’un peu d’encre, ce qui le rapproche incontestablement de James Cameron, Luc Besson ou Bryan Singer… n’est, certes pas la poésie, mais bien l’anthropomorphisme.

Figure de style qui, remise au gout du jour, donne à ces (néo)fabulistes de l’an 2000 le pouvoir de nous ouvrir les yeux sur le caractère impérialiste du système qui domine le monde (voire l’univers), sans jamais avoir à le désigner ouvertement comme tel. Par ailleurs si les fables De La Fontaine avaient vocation à mettre plus précisément l’accent sur la « question de classe »** , force est de constater que celles aujourd’hui racontée par James Cameron, Luc Besson et bien d’autres soulèvent (in)consciemment la question de la « race ». 

Mais pour ne pas nourrir l’impression de remplir d’eau une cruche dont le fond aurait été subtilement percée par la mine aiguisée de la propagande raciste qui formate stratégiquement notre (in)conscient collectif, je préfère faire appel à deux hommes blancs, riches et célèbres. Ce, non pas parce que je les estime plus pertinents s’agissant de défendre cette cause qui est nôtre ; mais tout simplement parce que je pense que dans un monde où l’habit fait insidieusement le moine, leur rang social – et surtout racial – donnera incontestablement plus de poids à mon propos. Autrement dit, dans un système régit par les principes que nous impose une suprématie blanche qui n’a même plus le courage de s’avouer comme telle, il est indéniable que la parole d’un « Blanc » vaut subjectivement bien plus que celle d’un « Noir ».

J’appelle donc à la barre des témoins messieurs Stan Lee et Jack Kirby. Les pères de « Magnéto » et du « Professeur Charles Xavier ». Soit, deux des figures incontournables des comics X-men accouchées au forceps, en 1963, dans un contexte racial aussi explosif que douloureux (pour les afro-américains va sans dire).

Car qui aurait pu deviner que ce climat de guerre raciale meurtrier fut la principale source d’inspiration qui permit à Jack et Stan de donner vie à ses deux chefs de fil des mutants constituant l’un des piliers de l’univers Marvel ? Qui aurait pu croire que les traits de caractère de ses deux personnages de (sciences) fiction aient pu être empruntés à deux imminents soldats de la cause noire, corps et âme engagées dans la guerre raciale qui gangrène jusqu’à présent les Etats-Unis ? Qui aurait pu croire que les célèbres Magnéto et Professeur Charles-Xavier ne sont autres que la pâle copie de deux leaders Afro-Américains connus pour avoir fait le sacrifice de leur vie pour mener une lutte acharnée contre la Négrophobie criminelle et ségrégationniste qui mine encore le sol amériKKKain ?

Je veux parler bien sur de Malcom X et Martin Luther King.

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Soit deux fers de lance des mouvements révolutionnaires afro-américains de l’époque qu’une certaine Ingénierie du consentement – créée à l’image du pouvoir blanc qui l’a enfanté – nous a forcé à appréhender de manière radicalement binaire. C’est à dire avec d’un côté le méchant « Nègre » (Malcom.X), tandis que de l’autre le bon (Martin Luther King). Empruntant exactement le même cheminement verolé par cette idéologie nauséabonde, Hollywood s’est aussi employé à manipuler notre consentement pour que nous voyons en Magnéto le méchant mutant, tandis qu’en Professeur Xavier, le bon. Et ce, même si – en dépit de notre aveuglement programmé – les faits objectifs se sont appliqués à nous révéler que, dans le monde virtuel comme dans le réel, il est seulement question de deux mutants/deux « Nègres » en proie au racisme des humains/à la « Suprématie blanche ». C’est donc contraintes et forcées que ces cibles d’un racisme assassin ont emprunté des chemins certes différents, mais ce, toujours dans le but de parvenir à la même fin :

- Eradiquer le Racisme d’Etat.

Cette introduction faite, je passe maintenant la parole à Stan Lee pour qu’il porte le coup de grâce à tous les racio-sceptiques qui, après son témoignage, sauront quelles étaient ses véritables intentions lorsqu’il a prêté à Magnéto les traits de caractère qui sont aujourd’hui connus pour être ceux de Malcom X :

Je vous demande juste quelques secondes, le temps de régler le micro à sa hauteur…

… « Je n’ai pas pensé Magneto comme étant un vilain (…), il essayait juste de rendre les coups aux personnes qui sont racistes à l’encontre des mutants. Il essayait de les défendre, mais parce que la société ne les traitait pas équitablement, il décida de lui donner une leçon. Il reste un homme dangereux, mais je ne l’ai jamais pensé comme un vilain ».

Merci d’avoir eu le courage de faire cette confession chargé d’émotion Stan !

« Désolé… accordez moi juste quelques seconde, le temps de réajuster le micro à ma hauteur… »

Bien sûr, je n’invite personne à confondre cette parole avec les lettres de l’évangile. Reste donc à chacun.e de passer chacun de ses propos au rayons X de son esprit critique. Mais en ce qui me concerne si j’ai fait appel M. Lee, c’était uniquement pour qu’il partage avec le plus grand nombre ce qu’il juge être à l’origine de ses velléités dont il est incontestablement le seul maître. Quant au reste, je tiens à préciser que jamais, au grand jamais, je n’ai considéré Malcom X comme étant un être dangereux. Qu’on se le dise !

Malgré tout, concernant le fond, je sui convaincu que la plaidoirie de Stan finira de convaincre les racio-sceptiques qui, pour s’acheter un semblant de bonne conscience à bas coût, préfèrent s’imaginer que nôtre prétendu paranoïa nous pousserait à voir le même là où il ne l’est pas, un peu comme dans « Pierre et le loup » ? Cas dans le cadre des X-men, l’anthropomorphisme ne nous révèle plus un Racisme (dEtat) qui se dessine en filigrane au lieu de se manifester de manière flagrante et bruyante.  

Or la société humaine dans laquelle a été planté le décor de X-men se révèle être une société viscéralement raciste, du type de celle accouchée par la « Suprématie blanche » que se sont attelés à combattre Malcom X et Martin Luther King avant leurs assassinats prémédités par le gouvernement AmériKKKain. Lequel, en commanditant leur meurtre respectif n’a semble-t-il pas juger bon de faire la distinction entre le bon et le mauvais « Nègre » ? Preuve, s’il en fallait une, qu’en dépit de nos signes distinctif en matière de religion, de classe, de nationalité ou de je ne sais quoi d’autre, aux yeux de la suprématie blanche tous les « nègres » sont logés à la même enseigne. En témoigne le message explicitement lancée à nos deux héros de « la cause noire » :

-  « un bon nègre est un nègre mort ». 

(… Une partie de la foule abasourdie s’exclame…. « Oooohhhh »)

En ayant eu le courage de venir plaider à cette barre, Stan - soutenu par le silence complice de Jack Kirby - nous prouvent que l’analogie entre mutants/extra-terrestres et peuples racisés ne peut pas être considérer comme la simple vue d’esprits dont la raison s’essouflerait parce que lancée dans une sorte de compétition victimaire. De même que ce parallèle peut-être invariablement établit entre les portes drapeaux de « la suprématie de la  race humaine » et ceux de la tentaculaire Suprématie blanche qui a colonisé l’ensemble des communautés non-blanches peuplant le monde réel.

Sans tenir compte cela, comment pouvons nous expliquer que « la BD dont est tirée la saga (de X-men) est parue en 1963 ? (Soit) quelques jours avant la grande Marche sur Washington qui symbolise l’apothéose de la lutte pour les droits civiques ».

Comment pouvons-nous expliquer que « les derniers mots de Magneto dans X-Men (2000) (…) ne sont autres que « by any means necessary » (« par tous les moyens nécessaires »), la formule-choc associée à Malcolm X ».

Comment expliquer que « dans X-Men l’affrontement final, lors d’un interrogatoire musclé, Raven, alias Mystique, la plus proche collaboratrice de Magneto, affirme qu’elle refuse de répondre aux policiers sous son « nom d’esclave » – comme Malcolm (…) avait choisi le X en remplacement de son « nom d’esclave » ».

Cela dit, j’imagine déjà « la mauvaise foi » personnifiée se lever en criant au complot ou à la « simple coïncidence », ceci dans le but d’empêcher « par tous le moyens nécessaire » que l’opinion publique réalise à quel point les acteurs principaux de lutte contre la négrophobie ont été une source d’inspiration pour les pères de la (science) fiction mutante. Malgré tout, il me semble utile de rappeler que le chemin qui mène à cette inspiration doit beaucoup à nos révoltes. Car sans elle, ont peut se demander si  Magneto et le Professeur Charles Xavier auraient pu voir le jour ?

(… Une partie de la foule s’exclame à nouveau… « Ooooohhh »… Tandis que l’autre applaudie)

Raison pour laquelle je m’autorise à penser que des films futuristes de la griffe d’Avatar, X-men ou Valerian semblent, eux aussi, vouloir passer un message codé à l’humanité. Mais ceci est encore une autre histoire que nous développerons dans le volet numéro 2 de cet article.

Le pacificateur pour la #BrigadeAntiNégrophobie

**Le personnage du Roi, directement nommé ou masqué par son double, le Lion, apparaît plus de trente fois dans les fables, révélant ainsi son l’intérêt de La Fontaine pour les problèmes politique de son époque.

(…) les fables évoquent aussi la noblesse de province qui exploite sans vergogne les paysans

* Sachant que même si pour les érudits il est généralement admis qu’Esope serait le père de la Fable, on trouve des trace de ce style littéraire en Afrique et notamment dans les région de l’Egypte pharaonique.

*** François Bernier, George-Louis Leclerc Buffon, Carl Von Linné, Georges Vacher de Lapouge, etc

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