LA PLANETE FOOTBALL : L’autre vitrine de l’AntiRacisme colonial ?

Le football est l’un des sports les plus populaires de la planète. Pratiqué par des millions d’adeptes, les matchs de hauts niveaux sont diffusés dans le monde entier avec des droits télés aux sommes colossales. A l’échelle française aucun sport ne génère autant d’engouement (+ de 900 000 licenciés).

Accessible quelque soit la couche sociale, les dirigeants du football aiment faire la promotion de ce sport, en le présentant comme un « vecteur d’intégration ». Ce mythe a d’ailleurs été renforcé en 1998, après que l’équipe de France de football ait été sacrée championne du monde suite à sa victoire contre le Brésil. Cette victoire a majoritairement contribué à nous faire oublier que le pays croulait sous un taux de chômage galopant suivi de près par une crise du logement qui accentuait les discriminations raciales. Le score de 3-0 venu ponctuer cette finale très disputée, nourrissait l’illusion qu’ENSEMBLE TOUT DEVENAIT POSSIBLE. Dans l’euphorie un slogan a même été accouché : celui des 3 « B », « Black, Blanc, Beur ».

Symbole dont l’état (néo)colonial français et les médias de l’époque ont tôt fait de récolter les fruits pour donner au peuple français l’illusion d’un pays uni. Autrement dit l’image légendaire d’une France qui traiterait tous ses concitoyens sur le même pied d’égalité : soit sans distinguer leur couleur de peau.

Insidieusement, le mythe des 3 B s’imposait comme un tout nouveau chapitre venu apporter de l’eau au moulin du roman national français. Lequel, depuis notre plus tendre enfance, nous berce avec son doux chant républicain, et ce, en dépit d’un racisme institutionnalisé qui se révèle plus que têtu.

Devenu l’autre vitrine de l’antiracisme colonial enfanté par le Parti socialiste dans les années 80, la France Black Blanc Beur a su renaître des cendres d’un “TOUCHE PAS À MON POTE” agonisant.

Nouvelle version d’un antiracisme « canadadry », les 3B avaient pour mission de faire sonner comme une vérité clinquante la célèbre fable mensongère du pays des droits de l’homme. Surfant sur l’air d’un hymne national vantant le caractère “impur” du sang des racisé.e.s, la France Black-Blanc-Beur célébrait ses héros qui lui avaient rapporté son titre de championne du monde de football. Sauf que, toute proportion gardée, cette reconnaissance de façade n’était pas sans rappeler celle qui avait loué le mérite des tirailleurs sénégalais, avant de jeter dans les oubliettes de l’histoire ceux qui avaient versé leur sang pour lui permettre d’obtenir le titre de France libre, en l’aidant à se débarrasser de l’occupation nazi.

Cela pour dire que l’exultation née d’une victoire sportive est on ne peut plus éphèmère. Plus encore lorsqu’elle est portée par des racisé.e.s, même français depuis des générations, et dont le quotidien n’a jamais cessé d’être discriminé sous une forme ou une autre, au moins depuis l’esclavage.

Pour preuve, Les contrôles au faciès, discriminations raciales au logement, à l’emploi, les crimes policiers racistes et la justice à deux vitesses n’ont malheureusement pas disparu avec  le coup de baguette magique du dit pays des droits de l’homme. Au lieu de cela, le rouleau compresseur du racisme structurel encore plus subtilement relayé tant par des politiques, que par des entraîneurs de ligue 1 de renom. Porte drapeaux d’un racisme de mieux en mieux maquillé, ces derniers matraquaient notre imaginaire, à coup de déclarations tapageuses. La nouvelle ère étant celle d’un discours de plus en plus décomplexé, certains iront même jusqu’à affirmer que l’équipe de France était sureprésentée en matière de joueurs noirs. Noir, terme qu’une certaine hypocrisie négrophobe bien française préfère, notons-le, remplacer par le vocable anglophone « black » pour faire diversion.

D’autres ficheront ces joueurs racisés, sous le titre tape à l’œil de « caïds immatures ». Dans leur élan, ils n’hésiteront pas à les jeter en pâture une vindicte populaire dont le libre arbitre est quotidiennement pris en otage par une foule de débats identitaires stratégiquement orientés. Ainsi ont été surexposés sous les projecteurs de la honte ceux des internationaux « issus de l’immigration post-coloniale » qui avaient, disait-on, « l’arrogance » de ne pas chanter l’hymne nationale français.

Dans ce registre, L’actualité la plus marquante nous semble être survenue en 2011, lorsqu’au cours d’une réunion interne à la fédération française de football, Laurent Blanc - sélectionneur de l’époque et ancien joueur de l’équipe de France « Black-Blanc-Beur » – avait été avec d’autres, favorable à la mise en place de quotas.

Dans ce cadre, il avait en outre déclaré :

« Qui sont les joueurs grands, costauds et puissants ? Les blacks! Il faut recentrer, avoir d’autres critères, modifiés avec notre propre culture. Les Espagnols m’ont dit qu’ils n’ont pas de problèmes car des blacks ils n’en ont pas… ».

Outre le fait que ces propos nous paraissent tout droit hérité de l’époque qui donna libre cours à l’esclavage-négrier-occidentalo-chrétien, durant laquelle l’Etat français, par les biais du « code noir » réduisaient officiellement  l’enfant, la femme et l’homme noir à l’état de bien-meuble, prétextant que le « nègre » n’avait ni âme ni cervelle et qu’il était, de par ce fait totalement infondé, bon qu’à voir exploiter sa « force » de travail. Compte tenu du socle colonial sur lequel repose la France républicaine, chacun.e comprendra aisément pourquoi de tels propos n’ont pas été sanctionnés, et ce, bien que plusieurs collectifs – dont le  nôtre – avaient manifesté leur sentiment révoltés.

Pire Mohamed Belkacemi, l’homme qui avait dénoncé les faits, et lui-même racisé, a manqué de se faire sanctionner pour abus de confiance…
Paradoxe ou système raciste bien huilé oblige ?

Blanc, quant à lui, s’en était sorti sans la moindre égratignure en dépit des preuves qui éclairaient sous un jour raciste ses prétendues bonnes intentions.

Mais comme si cela ne suffisait pas, en 2014, Willy Sagnol puisait lui aussi dans le puit sans fond de cet héritage négrophobe. Cet ancien international qui, tout au long de sa carrière, a côtoyé beaucoup de joueurs noirs (et non black), tenait des propos minés de préjugés négrophobes sur les joueurs de types africains. Lesquels étaient selon lui :

« pas cher, généralement prêt au combat, et puissant… Mais que le foot demande aussi de la technique, de l’intelligence et de la discipline ».

Bien que cette liste ne soit pas exhaustive, il n’en reste pas moins que tous ont été pris la main dans le sac débordant d’arguments négrophobes qui n’avouent pas leurs noms. Notons que pour se « blanchir », les auteurs de ces délits entrent généralement dans une phase de déni, puis de victimisation, pour ne pas dire de « pleurnichage ». Ceci avant d’axer leur défense sur le fait que leurs propos auraient été mal compris (par les imbéciles que nous sommes), ou encore sortis de leur contexte. Une fois toutes les cartes de leur mauvaise foi épuisées, ils n’hésiteront pas à jurer-cracher qu’ils ne sont pas racistes sans jamais en apporter la preuve ; si ce n’est celle de l’éternel ami.e noir.e, qu’ils agiteront comme un alibi à la face d’un monde conditionné à croire « le blanc » sur parole. Ironie du sort, tel un colon qui s’ignore, Sagnol postulera fin 2016 à l’accession au poste de sélectionneur du Ghana… mais sa candidature ne sera pas retenue.

Bien que nous pourrions enchainer les exemples liés à une actualité plus ou moins récente, cette illustration non exhaustive ne manquera pas de démontrer que le football français n’est en aucun cas épargné par le Racisme Structurel. Les insultes de Laurent Blanc et Willy Sagnol ne sont pas moins graves que les cris de singes de certains supporters français à l’adresse des joueurs noirs. En effet, les uns et les autres ont été enfantés par la même propagande négrophobe qui a permis à l’Etat français de justifier et surtout légaliser l’esclavage-négrier-occidentalo-chrétien. Or nul ne devrait ignorer que la sommes de ses préjugés négrophobes sont principalement et efficacement relayée par les médias de masse et l’éducation nationale qui fabriquent notre consentement. Forts de ces convictions négrophobes infondées, mais subtilement institutionnalisées, ces entraineurs trainent comme un boulet le sentiment de supériorité qui en fait des relais (in)conscients d’un Racisme Structurel qu’ils prétendent combattre.

A l’heure où des jeunes racisés comme M’bappé se font tresser des louanges, nous ne pouvons que leur conseiller d’observer objectivement, et avec les bonnes lunettes la facilité avec laquelle la machine sportive médiatique a effacé des mémoires collectives leur prédécesseurs (Henry, Anelka, Tigana, Trésor…). Tirant des leçons de l’histoire, nous ne devons plus être des tirailleurs du ballon rond qu’on exécute une fois la sale besogne effectuée… Comme ce fut dramatiquement le cas pour les tirailleurs sénégalais fusillés par la France Républicaine au camp de Thiaroye (Sénégal).

En effet il est de la responsabilité de chacun.e d’entre nous de ne pas perdre de vue que la négrophobie est une arme (neuro) coloniale d’aliénation et de destruction massive qui n’avoue pas son nom…

…Et qu’il nous faut absolument nous armer jusqu’aux dents pour la combattre !

 

Yssa Djizeuss pour la #BrigadeAntiNégrophobie

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