« ESCLAVAGE, REPARATION » : du professeur Luis SALA-MOLINS*

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LA VÉRITÉ NE DÉPEND PAS DE LA COULEUR DU BOURREAU QUI ECRIT L’HISTOIRE.

Jean Jaurès disait : «  le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques ».

Le professeur Luis SALA-MOLINS fait partie de ceux qui sont à la recherche de la vérité et qui la disent. Il l’a dite en publiant il y a trois décennies le «  Code Noir ou le calvaire de Canaan », contribuant à faire sortir le « Code Noir » français de la chape de silence sous laquelle les institutions françaises maintenaient cette loi monstrueuse depuis plus d’un siècle.

Le professeur SALA-MOLINS récidive avec un nouvel ouvrage : « ESCLAVAGE, RÉPARATION », (ed Lignes). Ce témoignage accablant émanant de deux témoins oculaires des faits, sera sans aucun doute versé au dossier du procès entrepris par les descendants des victimes pour obtenir les réparations qu’exige ce crime inédit perpétré de manière préméditée et concertée contre l’humanité de l’homme africain avec la complicité des penseurs et idéologues européens de l’époque.

L’ouvrage du professeur SALA-MOLINS donne raison à Jean Jaurès : aujourd’hui comme hier, chez les intellectuels européens, il a d’un côté, ceux qui mettent leur érudition au service de la vérité, et de l’autre, ceux qui sont au service du pouvoir et de l’idéologie dont ils sont les accoucheurs et les défenseurs zélés.

Mais n’est pas parce que la vérité dérange que le mensonge est acceptable. Ce n’est pas parce que le mensonge est européen que l’européen doit le défendre. La Vérité ne dépend pas de la couleur du bourreau qui écrit l’Histoire.

Cet ouvrage apporte aussi un net démenti au mensonge qui présente le Code Noir, comme un « progrès » qui aurait contribué à « améliorer» la condition des africains libres, kidnappés, déportés et réduits en esclavage dans les colonies françaises.

Mais quels que soient les efforts que déploient certains pour sa « réhabilitation » au moins partielle, le Code Noir, restera à jamais ce qu’il a toujours été : l’acte de naissance notarié de la Négrophobie d’Etat, du Racisme d’Etat, de la Ségrégation raciale, de l’Apartheid ; le Socle légale du droit de propriété de l’homme blanc sur l’africain ; l’Excuse légale à la violence contre l’africain ravalé au rang de bétail humain ; la Déshumanisation érigée en principe de droit universel ; la Codification de la Barbarie.

Avec « ESCLAVAGE, RÉPARATION », le Professeur Luis SALA-MOLINS exhume les écrits de deux théologiens : Francisco Jose de Jaca et Epiphane de Moirans (un espagnol et un français), témoins de la promulgation du Code Noir, écoeurés, par ce qu’ils ont «  entendu, vu et appris … claironnant pour que les sourds entendent », refusant de jouer le rôle de « chiens muets », joué par la quasi-totalité des intellectuels des  « Lumières ».

Epihane de Moiran est explicite : « si les docteurs, théologiens, les confesseurs et les religieux n’avaient pas été aux Indes des chiens muets, l’iniquité, l’injustice n’y auraient pas pris de telles irrémédiables proportions ».

A ceux qui aujourd’hui combattent le principe même du droit à réparation au prétexte d’anachronisme ou au prétexte que le crime serait « irréparable », ces deux intellectuels apportent, d’outre-tombe, un démenti catégorique.

Loin de tenter de justifier l’injustifiable esclavage des africains noirs par les européens blancs, ils l’ont dénoncé sans ambiguïté : « la réduction en esclavage de ces hommes, femmes, et enfants, nés libres est, quelles que soient les circonstances de cet asservissement, contraire à tous les principes du droit naturel, du droit civil, du droit de l’église, et de la morale … tous ceux qui possèdent des esclaves sont tenus de les libérer sous peine de damnation éternelle … en les libérant leurs maitres sont tenus de les dédommager de leur travaux et de leur en payer le prix ». Cette libération doit être immédiate, et sans condition. Pas de moratoire sous prétexte « d’enseigner la liberté » aux Noirs !

La réparation doit être intégrale selon ce qu’enseigne le droit civil et le droit de l’église. Car : « il n’y a pas d’autre réparation que la restitution totale ». Et comme l’enseigne le droit et Saint Thomas d’Aquin, le temps passé ne sert pas d’excuse. Au contraire. Plus le temps passe, plus le dommage s’aggrave : il est obligatoire de payer aux héritiers des victimes, ce dont leurs ascendants, auraient pu hériter, tout ce qu’ils ont gagné eux mêmes tout le temps qu’ils ont travaillé… et de les dédommager de tous les dommages et peines qu’ils ont supportés.

Les deux « prophètes » Epiphane de Moirans et Francisco Jose de Jaca ont certes, longtemps prêché dans le désert, mais pas en vain, car aujourd’hui, leurs écrits nous arrivent comme des echos tardifs, donnant une singulière tonalité à la lutte des combattants africains dont la voix a été étouffée et enterrée avec le Code Noir, sous une montagne de récits mensongers de l’église et des historiens du pouvoir.

La lutte pour la Justice est inséparable de la lutte pour la Vérité. Pas de Justice sans Restauration de la Vérité. L’Exigence de Réparation est aussi celle de la Vérité. Parce que la Vérité ne dépend pas de la couleur du bourreau, la Justice ne saurait dépendre de la couleur de la victime, du droit du bourreau, du tribunal du bourreau.

Les afro-descendants qui aujourd’hui exigent Réparation du crime commis contre leurs ascendants, et qui ont souvent le sentiment, eux aussi, de prêcher dans le désert, accueilleront avec joie ces témoignages à la barre du Tribunal des Réparations.

Oui la réparation doit être intégrale, comme la Vérité, comme la Justice, comme la Dignité

Guy FLORENTIN

Avocat au barreau de Paris.

*Professeur émérite de philosophie à l’université de Pari I et Toulouse II. Auteur du «  Code Noir ou le calvaire de Canaan ».

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