DJANGO PASSE AUX RAYONS X DE NOTRE ESPRIT CRITIQUE

Django

Pour faire court, parce qu’il est tout de même 2 heures du matin et qu’il est grand temps que j’aille me coucher, Django est un film qui a au moins le mérite de rappeler à quel point l’AmériKKK blanche est négrophobe. Si on lit entre les lignes de ce western signé Quentin Tarantino, on constate qu’il a la particularité d’être planté au beau milieu d’une AmériKKK esclavagiste. Ce fait totalement inhabituel nous rappelle que ce pays – autoproclamé défenseur de « l’axe du bien » – s’est scrupuleusement appliqué à blanchir l’histoire. Car les westerns qui ont majoritairement colonisé notre enfance, ont systématiquement été repeints en blanc. De ce fait, Nous les noirs, n’étions même pas morts dans le film, mais bien avant le début du commencement de l’amorce du générique. De la sorte, il ne nous était jamais permis de nous projeter positivement, ne serait-ce que dans un avenir déjà colonisé dans notre imaginaire par des Etats impérialistes qui ne nous laissaient pas la moindre place. Et à ce petit jeu assimilationniste ou (des)intégrationniste… selon… le système médiatico-éducatif français était loin d’être le plus mauvais élève de la classe.

Sans nul doute, ce subterfuge malhonnête avait vocation à nous faire oublier que cette Amérikkk soi-disant héroïque dépeinte dans les westerns spaghettis était, il n’y a pas si longtemps de cela, tout bonnement esclavagiste et donc viscéralement négrophobe. Seuls les indiens (véritables américains) avaient eu, jusqu’ici, droit de cité dans ces légendes du Far-West qui s’appliquaient systématiquement à les diaboliser de manière à justifier leur extermination de la même manière que des films comme « Tarzan » s’ingénient à nous décrédibiliser aux yeux de l’opinion publique internationale.

Django a donc le mérite de nous rappeler « qu’on nous aurait menti », pour paraphraser la marionnette de Richard Virenque dans les guignols. Ce western sur fond de noir et de blanc a aussi le mérite de nous ouvrir une toute petite fenêtre sur l’incroyable concentré de violence inhumaine et négrophobe qui polluait l’air de cette Amérikkk que les génocides ont fini par blanchir.

A part ça, rien de neuf sous le soleil brûlant qui plombait le quotidien de ces esclaves ! Django nous rappelle que le noir aura toujours besoin du blanc pour s’émanciper, même si l’histoire de l’indépendance d’Haïti (pour ne citer que cet exemple) nous prouve le contraire. Rassurez vous, le Schœlcherallemand à la sauce Amérikkkaine qui donne la réplique à un Django quelque peu infantilisé, lui tient subtilement la main toute ou partie du film. Comme un père transmet son savoir faire à son fils, il en fera un redoutable chasseur de prime après l’avoir plus ou moins arraché de l’enfer d’un esclavage parce qu’il avait besoin des informations que détenait Django, et non pas parce qu’il vomissait et combattait le système qui l’avait réduit à l’état de sous-homme avec des millions d’autres. Cependant cette cabriole suffira à inoculer la dose suffisante de bonne conscience dans l’esprit des de la majorité des spectateurs qui dénoncent le crime contre l’humanité dont à été victime Django, sans toutefois renoncer aux privilèges qu’il leur accorde en tant qu’héritier(e)s de l’actif et du passif de cet esclavage transatlantique. Ainsi ni leur sommeil, ni leur appétit ne risque d’être véritablement troublés par ce film qui n’a pas vocation à remettre profondément en cause le système esclavagiste et la « suprématie blanche » qu’il sous tend. Cela même si Tarantino ne rate pas une occasion de tourner au ridicule les adeptes de cette idéologie profondément raciste et criminelle. Pour autant, je ne peux que reconnaître que l’acteur blanc qui donne à Django la réplique en même temps que la clef de son salut avec une pointe d’humour est aussi talentueux et subtil dans son rôle que le paternalisme (in)conscient dont il fait preuve.

Une fois de plus cette histoire (apparemment) vraie qui sent bon la fiction sert d’alibi pour réinterpréter cette sombre période de l’histoire. L’imagination de Tarantino fait de Django une sorte d’exception qui confirme la règle. Soit un de ces nègres si exceptionnel que le« pouvoir blanc » devra, au pire, s’attendre à en rencontrer un tous les cents ans. Cela pour nous dire qu’à ce rythme prévisible, il peut continuer à dormir sur ces deux oreilles. D’ailleurs la réplique plus ou moins exacte du film souligne qu’il y a un Django tous les 10 000 nègres, tout au plus. Pourtant vous verrez tout au long du film pléthore de « nègres » de combats (les mandingues), dressés pour se battre jusqu’à la mort contre leurs frères. Mais paradoxalement, même lorsqu’il est donné à ces machines de guerre humaine la possibilité de recouvrer la liberté, aucune n’a le courage, ou du moins le bon sens, de rejoindre Django dans son insurrection solitaire.

Si personne ne souffle à ses esclaves, rendus durs au mal, l’idée de s’émanciper (comme le suggère notre Schœlcher américain au tout début du film), ils feront naturellement  le choix de demeurer confortablement enchaîné à leur condition d’esclave que Django n’aurait probablement jamais quitté, s’il n’avait hasardeusement rencontré l’amour au détour d’une plantation dans laquelle il évoluait en tant qu’esclave. On peut même imaginer que si ses maîtres n’étaient pas venus compromettre son hypnotisante idylle amoureuse, il serait devenu cet Oncle Tom que joue à la perfection Samuel L. Jackson en défendant plus que ses intérêts propres, ceux de Léonardo Di Caprio – son maître « blanc » – qui a une sainte horreur des nègres qu’il vomit tout au long du film. Notons enfin un détail qui, parce qu’il n’en est pas un, peut échapper à la première lecture :

Django ne défend pas une de ces causes nobles qu’incarnent « la liberté » ou« l’émancipation des siens ». Il ne se bat nullement pour l’intérêt général, comme ont pu réellement le faire Toussaint Louverture, Delgrès, Dessalines, la négresse solitude et tellement d’autres que l’histoire officielle s’est appliquée à faire disparaître pour qu’ils ne nous inspirent jamais. Non !!!

Il se bat tout simplement pour rejoindre et sauver sa bien aimée au mépris de la condition inhumaine dans laquelle ses frères et soeurs de couleur sont resté(e)s enchaîné(e)s. Contrairement à lui, ces dernier(e)s n’ont pas eu cette chance sur 1 million de croiser sur leur chemin un bienfaiteur blanc qui, comme dans « INTOUCHABLES », leur permettra de s’extraire de leur misérable condition de « nègre », parce qu’il a un esprit un peu moins étriqué que celui que nous souffle l’idéologie de la « suprématie blanche » qui gouverne ce monde.

Aussi,  je ne me rappelle pas avoir entendu une seule fois Django prendre position contre ce système esclavagiste qui nous a violemment expulsé de l’humanité avant que le colonialisme ne nous y réintroduise, non sans nous maintenir enchaîné au plus bas de l’échelle sociale et raciale jusqu’à aujourd’hui. De mémoire, j’ai du me contenter de lire dans les yeux de ce noir en colère des expressions qui semblaient plus ou moins fustiger ce régime inhumain. Pour autant je ne saurais dire si c’était effectivement le cas ou simplement le fruit de mon imagination incapable de tolérer qu’un être humain puisse se satisfaire de l’inacceptable. En revanche, tout ce dont je suis sur, c’est que Django risque tout au long du film sa vie et celle des autres (dont son bienfaiteur blanc), uniquement pour préserver l’amour impossible, qui le lie à sa bien aimée, des flammes d’un esclavage amérikkkain. Si bien que ce film aurait tout aussi bien pu s’appeler « les feux de l’amour » qu’on n’y aurait vu que du feu, justement. Car en aucun cas notre Héros à la sauce Tarantino ne s’investit pour le peuple au sein duquel le système esclavagiste amérikkkain l’a définitivement enchaîné, en même temps qu’à une communauté de destin qui ne semble pas réellement s’imposer à sa conscience.

Au point que pour mener à bien sa mission solitaire – pour ne pas dire égoïste – Django n’hésite pas à jouer le rôle d’un « négrier ». Soit le rôle le plus ingrat qu’il puisse être donné de jouer à un « nègre » (selon ses propos), dès lors où il a été dressé pour faire le sale bouleau à la place de ses bourreaux. Dans l’espoir d’arriver jusqu’à sa dulcinée sans que ne soit démasquée son intention de la libérer des griffes de son énième propriétaire qui l’a transformé en « fille de joie », il ira jusqu’à laisser sacrifier sans sourciller un esclave rattrapé dans sa fuite, puis déchiqueté par des chiens dressés pour dévorer du « nègre » et de la « négresse ». L’ironie de l’histoire souligne pourtant que son bienfaiteur de Schœlcher en herbe était prêt à racheter la misérable vie de ce « vilain petit canard » boiteux qui ne valait plus un radis sur le marché esclavagiste, mais Django s’y est opposé pour ne pas grillé sa couverture, et ne pas compromettre sa mission strictement personnel.

En somme Django nous est présenté comme un résistant, un rebelle. Mais si l’on prend le temps de lire entre les lignes de la propagande Hollywoodienne on se rend compte qu’il a juste la couleur, l’odeur, l’apparence d’un résistant sans commune mesure avec Dessalines ou Toussaint Louverture que le cinéma américain et les manuels scolaires français maintiennent toujours enchaînés dans les fonds de cales de l’Histoire officielle. Ils préfèrent à ces Héros Noirs qui ont pourtant été de chair et de sang, ce pur produit de leur imagination qui a encore trop de mal à reconnaître la culpabilité des européens dans cet imprescriptible crime contre notre humanité. Voilà sans doute pourquoi on nous présente ce « héros canada dry » solitaire - pour ne pas dire égoïste vu la quête personnel qu’il poursuit. Le pseudo résistant que Django incarne demeure cependant à l’antipode de ce que pouvait figurer le « marronnage » qui supposait une réelle solidarité sans laquelle nos résistances n’auraient jamais pu survivre et encore moins être victorieuses.

Mis à part sa dulcinée à qui il destine un amour aveugle, sans doute mérité, Django semble finalement avoir plus foie en son bienfaiteur de Shoelcher en herbe qu’en ceux qui lui ressemblent, puisqu’il ne se retourne jamais vers eux pour leur demander de l’aider de mener à bien sa mission. Du début à la fin du film, il ne parviendra pas à convertir l’intérêt individuel qui le motive en intérêt général. Le semblant d’individualisme qui le caractérise alors me paraît être, une fois de plus, en totale contradiction avec la réalité de la résistance « nègre » qui s’est naturellement organisée, pour sa survie, en communauté depuis l’esclavage jusqu’à nos jours pour combattre « le pouvoir blanc » qui l’a violemment mis au fer.

Moralité : Apprenons à lire entre les lignes, et surtout tirons des leçons de l’histoire qu’on nous cache et non pas de celle trop souvent révisée à la gloire de la « suprématie blanche ». Prenons garde à la nourriture de l’âme empoisonnée que ce système médiatico-éducatif (néo)colonial nous force à ingurgiter chaque jour au travers de sa propagande subtilement négrophobe.

Toutefois, nous ne critiquons pas ce film quant à sa capacité à divertir le grand public, mais nous notons que le thème de l’esclavage est une fois de plus traité par-dessus la jambe, en dépit de quelques diversions spectaculaires qui nous renseignent plus sur la forme de ce problème que sur le fond.

En somme si vous voulez avoir un avant goût de l’insupportable climat de violence qui régnait au sein de l’univers concentrationnaire américain dans lequel étaient maintenus en esclavage les africain(e)s noir(e)s déporté(e)s… allez voir Django. Cela vous donnera sans doute quelques clefs pour comprendre la négrophobie qui sévit toujours sur ce continent, mais aussi en France, ancien pays esclavagiste si certains avait perdu de vu ce détail qui n’en est pas un.

En revanche, si vous voulez en savoir plus sur le tenants et les aboutissants de cette histoire esclavagiste que les canaux officiels n’osent jamais vous raconter objectivement depuis la fin de l’esclavage transatlantique, Django montre incontestablement ces limites.

Donc à chacun de choisir, et surtout de ne pas prendre ce film pour ce qu’il n’est pas : un film historique.

Cependant nous ne pouvons en vouloir à Tarantino qui n’avait sans doute pas l’ambition et encore moins la vocation d’écrire notre Histoire à notre place. D’autant qu’avec ce film il ouvre incontestablement une toute petite fenêtre qui permettra peut être à un Spike Lee, ou autre, de traiter sérieusement le problème épineux du  « trafic négrier » et des résistances farouches qu’il a incontestablement engendré. Surtout que le « pouvoir blanc » s’acharne systématiquement à parler d’ « Abolition de l’Esclavage » pour nous ôter tout le mérite qu’il s’accapare aujourd’hui encore.

Pour finir, la salle constituée à vu d’oeil d’une extrême majorité de blanc a ponctué le film par un tonnerre d’applaudissements. Ce qui, selon moi, laissait supposer qu’une grande majorité d’entre eux était, au moins symboliquement, d’accord avec le fait que justice devait être rendue, vu la sentence sanglante et expéditive que Django inflige à ses bourreaux. Pour autant cette même majorité était-elle véritablement prête à renoncer aux privilèges que lui accorde encore ce crime commis contre notre humanité au nom d’un sacro-saint  « pouvoir blanc » injuste que leurs applaudissements semblaient réprouver avec force ??? Vaste question qui dépasse vraisemblablement l’histoire encore trop aseptisée que nous propose Django, et ce, malgré la profusion d’hémoglobine qui cherche sans doute à détourner notre regard pour qu’il ne remarque pas l’absence de fond qui caractérise ce film… à suivre.

Le pacificateur pour le COLLECTIF ANTI NEGROPHOBIE

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