Analyse afrocentrée du discours de François Fillon à Sablé sur Sarthe

FFAnalyse afrocentrée du discours de François Fillon à Sablé sur Sarthe en août 2016.
(L’intégralité du discours est disponible sur le site de François Fillon et sur Youtube.)

Après une brève introduction où il rappelle les raisons de sa candidature aux élections présidentielles, et où il partage sa fierté d’être Sarthois, Fillon rappelle l’«Histoire millénaire» de France en s’exclamant :
«Non, la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du nord ! Non, la France n’a pas inventé l’esclavage. […] La France c’est Saint Louis, Louis XI, Louis XIV, les révolutionnaires de 1789, Bonaparte […]». Fillon est fier et se vante de très bien connaitre l’histoire de France. Donc, il n’ignore pas que la volonté de partage de culture était une volonté unilatérale et sans consentement d’autrui, occasionnant donc un partage par la force, la violence, le viol, et le crime. Fillon n’ignore donc pas que la France, est le SEUL état colonial à avoir rétablit l’esclavage après l’avoir abolit (rétablissement en 1802 après l’abolition de 1794) et que ce rétablissement est l’œuvre de Bonaparte, qu’il cite fièrement ! Fillon n’ignore donc pas qu’après le décret du 27 avril 1848 qui abolit de nouveau l’esclavage dans les colonies, la République vote le 30 avril 1849 une loi fixant le montant d’indemnisation des propriétaires d’esclaves. Donc quand Fillon continue en parlant d’«acceptation de l’Histoire» et en demandant «Pourquoi devrions-nous nous en excuser ?», il dévoile la logique esclavagiste, coloniale et néocoloniale qui est la sienne, et qui considère qu’en aucun cas l’esclave ou le colonisé n’est une victime, mais plutôt l’esclavagiste ou le colonisateur déchu.

Ce n’est pas fini ! Fillon confirme plus loin sa vision belliqueuse des rapports internationaux. En effet, il déclare que : «Nous avons besoin d’être fier de notre pays pour franchir les obstacles que dressent devant nous un nouveau monde prêt à nous faire sortir de l’Histoire.». Ici, le «nouveau monde» semble être considéré comme un ennemi à combattre, ci ce n’est, à abattre.

Ensuite Fillon continue sur une proposition qui est aujourd’hui inscrite dans son programme : «J’ai proposé que l’acquisition de la nationalité française ne soit plus automatique pour les enfants d’étrangers nés sur notre sol mais qu’elle dépende d’une démarche volontaire et de critères d’assimilation.» L’assimilation peut être définie comme l’abandon progressif de sa culture pour en adopter une autre. Alors qu’un enfant d’étranger peut tout à fait s’intégrer à travers la langue, les relations sociales, le respect des lois, le fait de vouloir aller jusqu’à l’assimilation renvoie, pour le cas de la France, preuves historiques à l’appui, à un concept colonial. Le parent étant le colonisé et l’enfant le néocolonisé.

Un peu plus loin, Fillon mentionne un projet qui est aujourd’hui inscrit dans son programme : «Si je suis élu Président de la République, je demanderai à trois académiciens de s’entourer des meilleurs avis pour réécrire les programmes d’Histoire avec l’idée de les concevoir comme un récit national.» Le concept de récit national vient du roman national, qui était la manière d’enseigner l’histoire sous la 3ème République. Cela consiste à redorer et idéaliser l’histoire. Quand l’histoire est enseigné en tant que récit national, il y a omission d’information et manque d’objectivité des faits historiques.

Maintenant que nous avons compris, en lisant entre les lignes, que derrière le masque républicain de Fillon se cache le digne héritier de la France coloniale, on peut légitimement se demander : si Fillon est élu président, comment les relations France-Afrique seront –elles enseignées? Et jusqu’où cette histoire sera-t-elle falsifiée ?

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