ABRAHAM LILCON : Après le chasseur de vampire, voici le chasseur de vent tout court !

Lincon
Que dire si ce n’est que ce film à comme ambition de faire renaître l’espoir dans le cœur de ceux qui l’avait enterré dans les recoins les plus cachés de leur fore intérieur. Merci à Steven Spielberg d’avoir permis à ceux qui ne croyaient plus au Père Noël depuis belle lurette, d’y croire à nouveau. Car c’est bien ce qu’est ce « Lincoln  » :
Un formidable Père Noël blanc avec une barbe légèrement fleurie.
Toutefois pour donner l’impression de sortir des sentiers battus, ce Père Noël là nous est présenté avec la moustache en moins et juste ce qu’il faut de peau sur les os pour paraître suffisamment crédible à chaque fois qu’il dit aux victimes de l’esclavage :
« Je vous ai compris » (même s’il ne  leur parle jamais directement, à croire que l’histoire se répète).
Pour sur, sans même attendre le 25 décembre - comme Shoelcher en France - Lincoln a fait le plus beau des cadeaux aux descendants d’Africains déportés que l’État impérialiste, dont il était président, avait réduit en esclavage. Par ce geste d’une indescriptible générosité  » Lincoln   » de Spielberg parvient à plonger dans l’oubli les véritables artisans de la lutte contre l’Esclavage qu’étaient en  Amériquedes femmes et des hommes commeSéjourner Truth, Harriet Tubman, Nat Turner… dont on entend pas parler une seule fois dans le film.
Mais quoi de plus normal me direz vous, puisque c’est un film qui ne traite que du cas Lincoln « L’abolitionniste »… et non de toutes celles et ceux qui ont véritablement et essentiellement souffert du mal de L’esclavage qu’ils ont fini par terrassé.
La mise à mort de ce crime contre notre humanité est une fois de plus montrée sous un jour  strictement abolitionniste qui fait complaisamment abstraction de toutes les formes de résistances « nègres » qui se poursuivent jusqu’à ce jour. Mais cette omission volontaire est sans doute un moyen de donner bonne conscience à celles et ceux qui se sentiraient un brin coupables d’avoir considéré qu’ils étaient le fruit d’une race supérieure aux autres. De plus  - à moins que ce ne soit lors d’un de ces incalculables moments où je me suis surpris à piquer du nez  - le film ne dit pas un mot, non plus, sur le fait que l’entrée de l’Amérique du nord dans l’ère industrielle rendait la main d’œuvre esclave beaucoup moins rentable, à la différence d’un Sud encore agraire.
Ce qui aurait pu permettre à un public pas forcément averti de comprendre qu’au delà des apparences, un certain nombre de forces en présence (à commencer par la résistance des noirs eux-mêmes) ont conduit à ce que l’histoire, écrite par les vainqueurs, qualifie abusivement d’  » Abolition  » un processus libération auquel les descendants d’Africains ont largement participé. Mais au risque de décevoir le plus grand nombre des rêveurs, à cette époque  n’était sûrement pas question d’un amour soudain pour les noirs qui aurait germé sur le terreau de la plus viscérale des haines négrophobes, aux USA, en France ou ailleurs…
Sans quoi les descendants de ces africains déportés en goutteraient les fruits présentement, au lieu de survivre majoritairement dans la violence des ghettos américains.
A aucun moment il ne nous est rappelé que « Lincoln » s’était aussi et surtout cette part d’ombre que Spielberg s’est refusé de mettre en lumière :
« Je dirai donc que je ne suis pas ni n’ai jamais été pour l’égalité politique et sociale des noirs et des blancs, que je ne suis pas, ni n’ai jamais été, pour le fait d’avoir des électeurs ni des jurés noirs, ni pour le fait de les former à exercer ses fonctions, ni en faveur des mariages mixtes; et je dirai en plus de ceci, qu’il y a une différence physique entre la race blanche et la race noire qui interdira pour toujours aux deux races de vivre ensemble dans des conditions d’égalité sociale et politique. Et dans la mesure où ils ne peuvent pas vivre ensemble mais qu’ils coexistent, il faut qu’il y ait une position de supériorité et d’infériorité, et moi-même, autant que n’importe quel autre homme, je suis pour le fait que la position de supériorité soit attribuée à la race blanche ». (Speeches and Writings, 1832-1858, Abraham Lincoln (trad. Wikiquote), éd. Library of America, 1989, Discours à Columbus, Ohio (1859), p. 33)
Autant dire que ce film pue le paternalisme de bon papa et bonne maman qui, tout au long, nous badigeonnent copieusement avec leur confiture aux extraits d’égalité pour tous et de droits humains que les afro-américains n’ont jamais eu l’occasion de goûter jusqu’à aujourd’hui. Comme nous, ils ont en juste entendu parler, à la télévision, dans les livres d’histoire, dans la bouches des politiques… mais ils ne l’ont jamais croisé dans la vraie vie.
Donc si vous voulez voir des colons blancs (parce qu’ils ont quand même volé leur pays aux Indiens) qui pensent et parlent à la place des noirs pendant plus de 2h, sans jamais leur demander leur avis, vous ne vous trompez pas de film… Allez voir Lincoln. Car ce grand homme nous est présenté avec autant de défaut que Jésus… c’est à dire aucun.
Quant à Spielbierg, nous devons saluer son génie. Car sans effet spéciaux il est parvenu à exclure (presque totalement) les noirs d’un sujet qui les concerne directement :
Bienvenu dans un monde de blanc qui parle des Noirs à la troisième personne. Ce qui ne nous dépaysera pas, ni ne nous déconnectera de notre réalité de (néo)colonisée.
Mais à bien y réfléchir je réalise qu’il n’y avait pas de raisons d’ériger un ou plusieurs représentant(s) noir(s) en tant que « porte-voix des sans voix », puisque Lincoln, notre père à tous, s’impose naturellement comme le porte parole des noirs. Comme Shoelcher, s’est juré de protéger ces petits « z’oiseaux »  tombés de leur nid (alors que ceux sont ses pairs qui les ont volontairement arraché à leur bases, avant de les déporter puis de les enchaîner à cet esclavage génocidaire).
Quant à Spielberg, ce multirécidiviste de la mise en lumière de l’exception qui confirme la règle de l’inégalité raciale, autant dire qu’il n’en est pas à son premier coup d’essai. Rappelez-vous !!! Il nous avait déjà régalé avec « Amistad » en nous invitant à prendre l’Illusion d’une justice blanche américaine pour argent comptant. Pour donner à cette diversion le goût d’une réalité palpable, il nous avait raconté une délicieuse histoire déterrée des tonnes de gravats pourtant constitués d’histoires d’esclaves toutes plus cruelles les unes que les autres qu’il n’a manifestement pas souhaité nous révéler. Ainsi, grâce à lui on apprenait que la justice blanche américaine du temps de l’Esclavage avait offert « gratuitement » un billet retour vers son pays d’origine à un Africain qui avait eu la chance de s’extraire de la réalité génocidaire esclavagiste qui a broyé la vie de dizaines de millions de noirs réduits au travail forcé dans l’univers concentrationnaire des États Unis d’Amérique. Là encore Spielberg nous avait invité à croire aveuglément au Père Noël les yeux fermés… Ce que beaucoup d’entre nous ont fait, sans réellement  se poser de questions quant à ses intentions qui dépassent les apparences.
Quoi qu’il en soit, l’objectif de cette critique n’est pas de dissuader quiconque de voir ce film, car il est bon que chacun(e) se fasse un avis qui n’est pas forcé de rejoindre celui qui se dessine ici. Cependant, au risque de paraître paranoïaque, je trouve bizarre que cet énième – « Lincoln » – soit sorti si peu de temps après « Django ». Cet autre film de Tarantino, qui vaut ce qu’il vaut, mais nous rappelle, même partiellement, à quel point le système esclavagiste blanc américain pouvait être violent.
Si j’avais l’esprit tordu, je serais d’ailleurs tenté de me dire que « Lincoln » veut nous aider à relativiser une information que certains d’entre nous aurait pu très très mal digérer. Ainsi le « Lincoln » de Spielberg cherche, sans doute, à inviter ceux d’entre nous qui songeraient à s’insurger contre les retombées présentes d’une injustice aussi flagrante que négrophobe, à ne surtout pas oublier qu’il y avait de gentils abolitionnistes blancs… même aux États-Unis, et non pas que des « salopards » d’esclavagistes. Comme à l’école, on nous apprend à décrypter l’information dans un sens qui donne toujours aux mêmes la part belle. Des hommes comme Spielberg sont, heureusement là, pour nous rappeler que nous n’avons pas encore atteint la maturité intellectuelle  qui nous permettrait d’avoir une lecture « objective » de l’histoire qui ne soit plus sous tutelle.
Il est donc clair que la mission de cet énième « ami des noirs », qu’incarne Lincoln, est la même que celle que la France prête à un Shoelcher qui fait volontairement  de l’ombre à des résistant(e)s noir(e)s tels Toussaint Louverture, la négresse Solitude…  Et ce, d’autant qu’une fois n’est  pas coutume, cette histoire écrite à la gloire de la suprématie blanche ne nous offre aucun rôle concret dans le processus qui à conduit à notre libération - tout du moins physique – vu que ce genre de film participe subtilement à verrouiller le processus de notre colonisation mentale. A nous donc  d’apprendre à lire entre les lignes d’un racisme d’Etats impérialistes qui  utilisent contre nous la négrophobie comme  une arme (néo)coloniale d’aliénation et de destruction massive qui n’avoue toujours pas son nom.
Le pacificateur pour le Collectif Anti Négrophobie.

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